n° 255
Comprendre Boko Haram

Cartes et photos associées

Espaces réservés, une solution contre les conflits

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Cette prise de vue montre un berger Arabe Nawala et son troupeau dans la plaine de Matala. À la suite d’un conflit, cette plaine a été réservée aux Arabes Nawala, placés sous l’autorité administrative du chef de canton Djaatné, localisé à Battal non loin d’Ati. Les Arabes Awada, quant à eux, ont été sédentarisés dans un autre territoire et dépendent du sultan du Fitri.

Photo de Christine Raimond, plaine de Matala, Tchad, février 2016.

Le mémorial arabe Djaatné Nawala

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Sur cette photo figure le mémorial des Arabes Djaatné Nawala. Cet enclos entretenu en bordure de la mare Matala et réfectionné chaque année contient les tombes de Nawala morts lors des affrontements avec les Arabes Awada au début des années 2000.

Photo de Christine Raimond, plaine de Matala, Tchad, février 2016.

Un embarcadère sur le lac

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Sur le lac Fitri, cette photo montre une vue de l’embarcadère à Yao. Les chenaux sont aménagés par les pêcheurs dans la végétation aquatique pour gagner les eaux libres où sont pratiquées les activités de pêche, d’élevage et de maraîchage au fur et à mesure de la décrue.

Photo de Christine Raimond, Yao, Tchad, janvier 2016.

Un campement arabe Massalit

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Sur les terres de Zania, en amont du delta du Batha (Fitri), cette prise de vue montre au premier plan une tente, un campement arabe Massalit. Les familles Massalit viennent chaque année passer la saison sèche avec leurs troupeaux. En février-mars, après les récoltes des sorghos repiqués et la consommation des tiges par les animaux, ces familles nomades partent pour plusieurs mois dans les îles du lac, puis ils remontent pour la saison des pluies dans les terroirs d’attache sahéliens plus au nord.

Photo de Christine Raimond, Zania, Tchad, janvier 2016.

Parcours et calendrier d’une transhumance au Tchad

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Descente des pasteurs Salamat Sifera de septembre 2006 à février 2007

Entre septembre 2006 et février 2007, l’auteur a suivi le parcours de transhumance des Salamat Sifera pendant leur descente du nord du fleuve Batha au sud, de campement en campement, pour ses enquêtes de terrain. Il a pointé les différents sites de campement et noté lors de chaque déplacement la date d’arrivée dans le nouveau campement comme des chameliers. Chaque année, ils séjournent en saison de pluies au nord du fleuve Batha (Ouadi-Hadad, Ouadi-Karma) et descendent en saison sèche au sud de la région du Guéra. En fonction de la pluviométrie, la montée au nord du fleuve Batha se fait généralement en juillet et la descente à partir du mois de septembre. Sur les itinéraires de transhumance, les Salamat Sifera entretiennent des relations avec les autres communautés (arabes ou non arabes) à travers des liens de parenté, mais pasteurs nomades. Ils essaient de contourner les zones conflictuelles et se dispersent en petits groupes dans les endroits où il y a des champs non récoltés.

Sources : Carte routière IGN 1/1 500 000. Élaboration par le Programme d’hydraulique pastorale au Tchad central (PHPTC), 2006-2007. Édigraphie, 01 /2016.

Dans la cuvette nord

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À nouveau en eau depuis 2000, la cuvette nord du lac Tchad accueille aujourd’hui des groupes Boko Haram. Ils se faufilent dans les Prosopis juliflora, mimosaceae qui ont colonisé lors de la période d’assèchement antérieur. Une fois envahie par l’eau, cette forêt morte de Prosopis au bois résistant a créé des espaces lacustres souvent impénétrables. Ces arbres épineux buissonnants mais à cime étalée se maintiennent longtemps, y compris morts, et en s’affaissant ils créent des grottes, voire des tunnels sur l’eau. Au second plan, la pirogue possède une tonnelle pour se protéger des drones.

Dessin de Christian Seignobos, 2015.

Espace lacustre refuge et profondeur stratégique ultime

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Le lac Tchad, théâtre des actions de Boko Haram, 2015

Cette carte localise les lieux transfrontaliers de combats et d’affrontements de Boko Haram en 2015, les mouvements effectués par ses groupes armés, ainsi que les attentats perpétrés. Elle montre l’investissement du lac par Boko Haram et les espaces d’implantation possible. Cette évolution notable prouve qu’au cours de l’année 2015 le lac Tchad n’est pas uniquement devenu pour les groupes un espace lacustre refuge, mais également une zone stratég

Source : Données et conception de Christian Seignobos (2015). Édigraphie, 01/2016.

Le lac Tchad, un espace cosmopolite

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Répartition des populations du bassin du lac Tchad, 2015

Loin d’être ethnique, cette carte montre le cosmopolitisme des populations vivant dans et autour du lac Tchad. En 1976, la population autour du lac comptait 0,7 million d’habitants et, en 2013, 2,2 millions d’habitants plus densément répartis au sud. Ces populations venues de tout l’hinterland méridional du lac sont rejointes par des groupes saisonniers de pêcheurs – certains de l’Afrique de l’Ouest – et d’éleveurs de la zone sahélienne voisine.

Sources : G. Magrin, J. Lemoalle, R. Pourtier (dir.), Atlas du lac Tchad, IRD/Éditions Passages, 2015, p. 71. Édigraphie, 12/2015.

Dans la cuvette sud

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Sur un « hors-bord » lacustre, un groupe de plus de vingt combattants Boko Haram longe une papyraie, avec à l’arrière une forêt d’ambaj. Ces très longues pirogues peuvent transporter des hommes, tout comme le transport de troupes privilégié du groupe djihadiste : la moto. Pour renforcer la solidité des bateaux, de longs tuyaux de plastiques sont fixés sur les deux bords. La difficulté de circulation dans le dédale changeant de ces végétations palustres jointe à la dimension transfrontalière du lac offre à Boko Haram un terrain propice pour lancer ses attaques.

Dessin de Christian Seignobos, 2015.

Végétations palustres, dédales lacustres, des atouts pour Boko Haram

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Hydrologie et végétation du lac Tchad, 2015

Pour comprendre les atouts que le lac Tchad représente pour Boko Haram, il faut en appréhender les caractères géographiques, physiques et humains. Les deux cuvettes nord et sud communicantes enregistrent des profondeurs maximales respectives de 5,3 m et de 2,7 m. On assiste, depuis 1973, à un fonctionnement « petit lac », constitué de plusieurs plans d’eau séparés par des hauts fonds dont la Grande Barrière scindant les deux cuvettes. Les eaux libres (1700 km2) font face à l’embouchure du Chari. Cette surface d’eaux libres prolongée de marécages, saisonniers ou permanents, déborde de toute part, alors qu’elle est rarement comptabilisée par les images satellitaires. Elle peut porter l’ensemble à 13 000 km2. Une végétation de marécage couvre ainsi la majeure partie du lac. La difficulté de circulation dans le dédale changeant de ces végétations palustres jointe à la dimension transfrontalière du lac ont toujours fait de lui une « zone de non-droit ».

Sources : G. Magrin, J. Lemoalle, R. Pourtier (dir.), Atlas du lac Tchad, IRD/Éditions Passages, 2015, p. 24. Édigraphie, 01/2016.

Une pression transfrontalière croissante de Boko Haram

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Carte de situation en 2015

Cette carte situe le phénomène armé Boko Haram dans sa dimension géographique transfrontalière entre le Nigeria, le Niger, le Tchad et le Cameroun. Elle montre également les zones où s’exerce la pression des groupes de Boko Haram.

Source : Données et conception de Christian Seignobos (2015). Édigraphie, 01/2016.

Première mention d’un « sultanat de Dieu »

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Cette capture d’écran est extraite du message vidéo d’Abubakar Shekau daté du 17 décembre 2014. Ce message est avant tout un droit de réponse à l’émir de Kano. Il contient un élément essentiel qui renseigne sur les objectifs et l’évolution du groupe et qui n’a pourtant pas été relevé par les médias. Shekau déclare vouloir instaurer un « sultanat de Dieu ». C’est la première formulation claire d’une ambition politique visant à la création d’une entité étatique car, contrairement à ce qui avait été dit en août 2014, le leader du groupe n’avait pas annoncé la création d’un califat ou d’un quelconque autre modèle théocratique.

Photo prise en capture d’écran à partir du message vidéo archivé par Élodie Apard.

Shekau, maître de la communication

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Ce message d’Abubakar Shekau est daté du 25 mars 2014. Long de trente-sept minutes, retranscrit dans le texte 5 (encadré 5) dans sa quasi-totalité, il est tout d’abord un message de revendication de l’attaque du camp Giwa – une des casernes militaires de Maiduguri – au cours de laquelle les militaires nigérians ont dû battre en retraite. Défaite cuisante et humiliante pour l’armée, cet événement est l’occasion pour Shekau de ridiculiser ses ennemis, utilisant pour cela métaphores animalières et insultes telles que shegue (bâtard), expression haoussa très populaire et particulièrement injurieuse. Il profite par ailleurs de l’annonce de la victoire remportée à Giwa pour clarifier la question des attaques abusivement attribuées à son mouvement.

Photo prise en capture d’écran sur YouTube : www.youtube.com/watch?v=Pba8uvuf9Is&list=PL8I07KufxEm9IVxSukAvMp1AvAVB5qQTq&index=42.

Shekau s’adresse à Jonathan

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Cette capture d’écran correspond au message vidéo d’Abubakar Shekau destiné à Goodluck Jonathan, président du Nigeria, et daté du 11 janvier 2012. Ce message est un droit de réponse au président Jonathan à la suite d’une déclaration publique de celui-ci à propos du combat que le pays doit mener contre Boko Haram. L’élection de Goodluck Jonathan en 2010 avait suscité des mouvements de protestation dans le nord, Shekau profitant des tensions existantes pour ranimer les vieux démons du Nigeria que sont les violences interconfessionnelles.

Photo prise en capture d’écran à partir du message vidéo archivé par Élodie Apard.

Mohammed Yusuf dans son fief

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Prononcé en février 2009 à la mosquée Ibn Tamiyya de Maiduguri, ce prêche de Mohammed Yusuf s’effectue devant un parterre de fidèles dans la Markaz Ibn Tamiyya qu’il a fondée en 2005. Il s’agit d’abord d’une mosquée attenante à sa maison puis, le nombre de fidèles augmentant rapidement, le lieu se transforme. Une centaine de personnes y vit en permanence, un enseignement islamique y est dispensé et une petite activité commerciale s’y développe avec des vendeurs de thé, de pain ou de siwak. L’ensemble est délimité par un mur d’enceinte mais reste ouvert sur l’extérieur et est totalement intégré à la vie du quartier de la gare, où il est implanté. Yusuf baptise son centre Ibn Tamiyya, du nom du célèbre théologien salafi du xiiie siècle.

Photo prise en capture d’écran sur YouTube : www.youtube.com/watch?v=Y33rL_D_6pw.

Mohammed Yusuf contre les caricatures de Mahomet

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Cette capture d’écran de Mohammed Yusuf correspond au prêche retranscrit ici dans le texte 1 (encadré ci-avant). Prononcé à Maiduguri au début de l’année 2006, ce sermon a lieu après les manifestations de protestation qui, au Nigeria, ont suivi l’affaire des caricatures de Mahomet publiées au Danemark.

Photo prise en capture d’écran sur YouTube : www.youtube.com/watch?v=f89PvcpWSRg.

L’Empire du Kanem-Borno et le califat de Sokoto au xixe siècle

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Deux théocraties islamiques en concurrence

Au début du xixe siècle, le sultan du¤Borno refuse de rejoindre le djihad d’Ousmane dan Fodio, un Peul qui fonde la capitale de son califat à Sokoto en pays haoussa. Aujourd’hui, les insurgés de Boko Haram préfèrent donc se référer à son État islamique plutôt qu’à la monarchie « décadente » du Borno. Celle-ci fut finalement mise à bas par un autre djihadiste, Rabeh, tué par les Français en 1900. Paradoxalement, les Kanouri du Borno n’en constituent pas moins la principale base sociale de¤Boko Haram.

Sources : H. Lovejoy (2013), "African Diaspora Maps Catalogue", http:www.africandiasporamaps.com ; Hérodote, n° 159, 2015, p. 80. Édigraphie, 01/2016.


 

Édito

Page 7 à 9

Éditorial

Jean-Bernard Véron

 

Comprendre Boko Haram

Page 13 à 20

Comprendre Boko Haram

Introduction thématique

Nicolas Courtin

 
Page 21 à 41

Boko Haram et la mise en récit du terrorisme au « Sahelistan »

Une perspective historique

Marc-Antoine Pérouse de Montclos

 
Page 43 à 74

Les mots de Boko Haram

Décryptages de discours de Mohammed Yusuf et d’Abubakar Shekau

Élodie Apard

 
Page 75 à 92

Boko Haram, une impossible sociologie politique ?

Un groupe armé catalyseur de la violence armée régionale

Corentin Cohen

 
Page 93 à 120

Boko Haram et le lac Tchad

Extension ou sanctuarisation ?

Christian Seignobos

 

Repères

Page 122 à 124

Aide au développement et limites des interventions internationales

Le cas de Boko Haram

Olivier Ray

 

Choses vues

Page 127 à 143

Des pasteurs transhumants entre alliances et conflits au Tchad

Les Arabes Salamat Sifera et les Arabes Djaatné au Batha

Dangbet Zakinet

 

Notes de lecture

Page 147 à 150

Camille Lefebvre, Frontières de sable, frontières de papier. Histoire de territoires et de frontières, du jihad de Sokoto à la colonisation française du Niger (xixe-xxe siècles)

Roland Pourtier

 
Page 151 à 152

Andrew Palmer, The New Pirates. Modern Global Piracy from Somalia to the South China Sea

Gérard Prunier

 
Page 153 à 155

Tom Burgis, The Looting Machine. Warlords, Tycoons, Smugglers and the Systematic Theft of Africa’s Wealth

Vincent Hiribarren

 
Page 156 à 159

Élisabeth Halna, Tout bagage abandonné

Jean-Pierre Listre

 
Page 160 à 162

David Quammen, Ebola. Histoire d’un virus mortel

Frédéric Le Marcis

 
Page 163 à 166

Eugène Ébodé, Souveraine Magnifique

Florian Alix

 
Page 167 à 169

Christophe Boisbouvier, Hollande l’Africain

Yves Gounin

Fiche technique de ce numéro

  • Afrique contemporaine
    n° 255, 2015/3 - 180 pages
  • I.S.B.N. : 9782807300750