n° 251
Madagascar : anatomie d’un état de crise

Cartes et photos associées
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Magasin des douanes à Vatomandry. Un douanier de l’administration coloniale française pose triomphalement le pied sur une caisse de marchandises, symbole du monopole douanier acquis par la France à Madagascar.

Carte postale, « Magasin des douanes à Vatomandry », Éditions Gamonin, vers 1905.

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Tamatave, vue de la mer. Une vue de la douane et de la batterie de Tamatave à l’époque de Ranavalona Ière (1848). On remarque les têtes des soldats européens tués en 1845 plantées sur les piques hérissant la grève. Symbole puissant de la politique de l’État royal merina visant le contrôle des interfaces maritimes et du commerce extérieur.

Dessin d’après É. de Bérard, 1848.

Un grand écart entre superficies visées et réalisation sur le terrain

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Source: Observatoire du Foncier (Madagascar), 2014 ; Burnod et al., « Régulations des investissements agricoles à grande échelle. Études de Madagascar et du Mali », Afrique contemporaine, 2011/1, n° 237, p. 111-129.

Situation des guichets fonciers à Madagascar

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Un tiers autonome, la moitié en difficulté

Source: État des lieux. Évaluation de la GFD CC-PNF, septembre 2012.

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Sources: INSTAT, ministère des Finances, World Economic Outlook Database, FMI, 2014.

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Sources: INSTAT, World Economic Outlook Database, FMI, 2014.

Madagascar, hétérogénéité des provinces face à la pauvreté

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Évolution du taux de pauvreté par province (1993 à 2010)

Sources : INSTAT/DSM/EPM 1993, 1997, 1999, 2001, 2002, 2004, 2005, 2010.

Madagascar, un milieu rural durement touché par la pauvreté

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Évolution du taux de pauvreté par milieu (1993-2010)

Sources : INSTAT/DSM/EPM 1993, 1997, 1999, 2001, 2002, 2004, 2005, 2010.

PADESM et alliances matrimoniales

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Aux sources d’une oligarchie côtière à Madagascar

Source : réalisation et données de l’auteur.

Madagascar et les îles Éparses, enjeux d’une géostratégie énergétique dans l’océan Indien occidental

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Zones économiques exclusives, hydrocarbures et souveraineté territoriale

La côte est-africaine, le canal du Mozambique et les îles de l’océan Indien occidental forment un ensemble hautement géostratégique au regard des potentialités énergétiques en hydrocarbures. Les territoires des îles Éparses, dont l’île de Juan de Nova, sont un objet de controverse entre la France, Madagascar, les Comores, Maurice et le Mozambique, chacun revendiquant sa souveraineté maritime respective. Les zones économiques exclusives (ZEE) dessinées sur la carte ne sont pas reconnues par toutes les parties. Des délimitations existent, mais elles n’ont fait l’objet d’aucun accord ni traité frontalier. Les permis de recherche sur Juan de Nova accordés par le ministère français de l’Environnement sont caractérisés par des «limites séparatives entre la F rance et Madagascar à déterminer ». L a ZEE française sur les Éparses est elle-même définie (loi du 16 juillet 1976) « depuis la limite des eaux territoriales jusqu’à 188 miles au-delà de cette limite, sous réserve d’accords de délimitation avec les États voisins ».

Source : Africa Energy, Issue 255, mai 2013 ; rédaction Afrique contemporaine.

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« Bible et pouvoir » à Madagascar. La puissance des Églises chrétiennes à Madagascar se révèle dans leur implication dans le champ du politique. Sur cette photographie, de gauche à droite, se trouvent les quatre personnalités les plus importantes de ces Églises : Lala Rasendrahasina, pasteur de l’Église protestante, l’Église de Jésus-Christ de Madagascar (FJKM), Andor Modeste de l’Église luthérienne de Madagascar, (FLM), monseigneur Odon Razanakolona, évêque et chef de l’Église catholique de Madagascar (FFKM) et monseigneur Anselme Jaona Ranarivelo, chef de l’Église anglicane. Ils se sont rassemblés pour une messe œcuménique sur la scène du Centre de conférence internationale d’Ivato, le 18 avril 2013, devant l’ensemble des représentants de la classe politique malgache, anciens présidents, Premier ministre et ministres, pour une ultime tentative de réconciliation lors de la période de transition. Le bilan de cette rencontre est mitigé puisqu’aucun consensus ne semble atteint. Les évêques redoutent une réconciliation purement politique qui s’éloignerait du premier objectif de la démarche du FFKM, à savoir l’instauration d’un processus religieux de réconciliation en quatre étapes incluant pardon, conversion, vérité et réconciliation. Dans les faits, le FFKM ne pourra organiser aucune autre rencontre.

Photo d’Élysée Rakotoarijaona, Ivato, Madagascar, 18 avril 2013.

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Première messe œcuménique à Madagascar en crise. Cette photographie représente le premier culte œcuménique célébré à Madagascar, au stade de Mahamasina le 19 mai 1972, rassemblant les Églises catholique, luthérienne et protestante. Ce culte fait suite à l’appel au calme lancé par les trois chefs d’Églises le 15 mai sur les ondes de la Radio nationale malgache, et se déroule au lendemain de la remise des pleins pouvoirs au général Ramanantsoa par le président Tsiranana.

Photo de l’agence ANTA à Antananarivo, Album VM1, n°2632, Antananarivo, 19 mai 1972.

Nombre de communiqués par recueil

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Source : Élaboration et calculs de l’auteur.

Les mots-clés à connotation politique

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Place du 13 mai, Antananarivo. Après la répression du 13 mai 1972 qui a entraîné l’incendie de l’Hôtel de Ville par les manifestants, cet endroit situé sur l’avenue de l’Indépendance est devenu pour l’opposition un lieu symbolique de rassemblement, et dont la conquête face aux forces de l’ordre représentait une victoire.

Photo de l’agence ANTA à Antananarivo, Album VM1 N°2541, Antananarivo, Madagascar, mai 1972.

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Les martyrs de 2009 en marche vers leur destin. Le 7 février 2009, l’opposant Andry Rajoelina envoie ses partisans marcher sur le palais d’Ambohitsorohitra (situé derrière le photographe qui a pris ce cliché), afin d’acculer la garde présidentielle à faire feu pour protéger les lieux, et ainsi créer les martyrs dont la Révolution orange avait besoin. Cette photographie a été prise quelques secondes avant l’ouverture du feu sur les manifestants par la garde présidentielle.

Photo de Fidisoa Ramanahadray, Antananarivo, Madagascar, 7 février 2009.

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En 2002, l’opposition rejette la décision de la Haute Cour constitutionnelle (HCC). Alors que celle-ci avait promulgué la nécessité de procéder à un second tour pour départager les deux principaux candidats à l’élection présidentielle, le candidat d’opposition rejette ce verdict et va se faire proclamer vainqueur par son propre directeur de campagne, avant de se faire investir président de la République par un groupe de magistrats qui avaient pris fait et cause pour lui.

Photo de Fidisoa Ramanahadray, Antananarivo, Madagascar, janvier 2002.

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« Tsiranana, miala » : « Tsiranana, dégage ! » Le mouvement de contestation de 1972 avait commencé par une simple grève estudiantine mais, à la suite de la répression du 13 mai 1972, c’est le départ du chef de l’État qui est demandé, comme le montre ce graffiti.

Photo de l’agence ANTA à Antananarivo, Album VM1 N° 2550, mai 1972.

Répartition du pouvoir entre les groupes d’acteurs à Madagascar (2002-2009)

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Source : réalisation et données des auteurs.

Répartition du pouvoir entre les groupes d’acteurs à Madagascar (1996-2002)

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Source : réalisation et données des auteurs.

Répartition du pouvoir entre les groupes d’acteurs à Madagascar (1991-1996)

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Source : réalisation et données des auteurs.

Répartition du pouvoir entre les groupes d’acteurs à Madagascar (1972-1991)

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Source : réalisation et données des auteurs.

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Une seconde remise des pleins pouvoirs. Le 5 février 1975, à Ampahibe, le général de division Gabriel Ramanantsoa (à droite), deuxième président de la Première République malgache, remet les pleins pouvoirs au colonel de gendarmerie Richard Ratsimandrava, jusqu’alors ministre de l’Intérieur (à gauche). Lui-même investi des pleins pouvoirs par le président Philibert Tsiranana, le 18 mai 1972, suite au grand mouvement citadin de contestations sociales et politiques, la « révolution » malgache du 13 mai 1972, le général Ramanantsoa, premier officier supérieur à devenir général de l’armée malgache, est devenu Premier ministre, fonction qui n’existait plus depuis l’indépendance (voir le repère p. 144). Tsiranana reste malgré tout président, mais il est finalement destitué à la suite du référendum du 8 octobre 1972. Les pleins pouvoirs sont maintenus et Ramanantsoa devient officiellement le deuxième chef d’État de la République malgache dès le 11 octobre. Largement contesté lors de la « transition militaire » (1972-1975), Ramanantsoa décide de démissionner et privilégie le colonel Ratsimandrava, jeune officier porteur d’une théorie néo-traditionnelle centrée sur le réinvestissement des fokon’olona, des communautés villageoises.

Photo de l’agence ANTA à Antananarivo, Album CO8, 5 février 1975.

Répartition du pouvoir entre les groupes d’acteurs à Madagascar (1960-1972)

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Source : réalisation et données des auteurs.

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Un camp de travail du SMOTIG. Cette photographie a été prise le 25 juin 1930 à Tanamboa au nord-est de Tuléar (sud-ouest de Madagascar). Elle représente un camp de travailleurs du SMOTIG (Service de main-d’œuvre et des travaux d’intérêt général) avec ses baraquements alignés, entourés de barbelés. Créé en 1926, après la création des Offices de la main-d’œuvre, le SMOTIG est une forme de travail forcé qui complète jusqu’en 1937 le système des prestations (nombre de journées de travail obligatoire pour l’administration publique) en mettant au travail les conscrits non retenus par le service militaire. La politique d’« aménagement » des territoires coloniaux, appelée politique de « mise en valeur des colonies » chère aux théories du ministre des Colonies Albert Sarrault, s’appuyait sur la mise au travail forcé des populations.

Cette photographie est issue des fonds d’archives photographiques de l’Agence nationale d’information « TARATRA » (agence ANTA) à Antananarivo. En 1931, le gouverneur général Léon Cayla crée à Tananarive un Service photographique et cinématographique. Après la Seconde Guerre mondiale, en 1946, a été créé à Ambohidahy un Service photo de l’information sous l’égide du gouverneur général De Coppet qui avait mis sur pied un Service général de l’information. En 1977, les archives du Service photo de l’information ont été officiellement transférées à l’Agence nationale d’information « TARATRA » (ANTA), nouvellement créée sous la Deuxième République. Elle forme un total de près de 400 000 photos et clichés et représente un patrimoine national unique en matière de photographie puisqu’elle détient la quasi-totalité des archives photographiques nationales. Une partie de ces archives est détenue par d’autres fonds : le fonds Grandidier et le Foibe Taontsarin-tanin’i Madagasikara (FTM).

Photo de l’agence ANTA à Antananarivo, Album SMT, n° 1, 25 juin 1930.

Le « mystère » malgache

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Croissance et crises sociopolitiques

Sources : INSTAT (2014), Indicateurs du développement dans le monde (2014) ; calculs des auteurs. Note : PIB par tête en Ariary constant de 1984.


Sommaire
 
Page 7 à 9

Éditorial

Jean-Bernard Véron

 

Madagascar : anatomie d’un état de crise

Page 13 à 23

Introduction thématique

Mireille Razafindrakoto, François Roubaud et Jean-Michel Wachsberger

 
Page 25 à 50

Élites, pouvoir et régulation à Madagascar

Une lecture de l’histoire à l’aune de l’économie politique

Mireille Razafindrakoto, François Roubaud et Jean-Michel Wachsberger

 
Page 51 à 68

Le drame des « investissements irréversibles » à Madagascar

Quand la comédie se mue en tragédie

Erick Andrianirina Rabemananoro

 
Page 69 à 92

Les crises malgaches vues par la conférence épiscopale de Madagascar

Étude des communiqués publiés de 1889 à 2014

Ketakandriana Rafitoson

 
Page 93 à 105

Madagascar : la crise de 2009 ou les aléas de la diplomatie française

Patrick Rakotomalala

 
Page 107 à 124

Madagascar : le développement contrarié

Jean-Marc Châtaigner

 
Page 125 à 142

Madagascar ou l’éternel retour de la crise

Jean Fremigacci

 

Repères

Page 144 à 145

Le poste de Premier ministre à Madagascar. Une singularité au prisme des crises

Toavina Ralambomahay

 
Page 146 à 148

L’économie malgache dans l’impasse ?

Mireille Razafindrakoto, François Roubaud et Jean-Michel Wachsberger

 
Page 149 à 151

Une réforme foncière qui survit à la crise politique

Beby Seheno Andriamanalina, Perrine Burnod et Rivo Andrianirina Ratsialonana

 
Page 152 à 154

De la crise politique aux échecs des projets d’investissements agricoles à grande échelle

Perrine Burnod, Beby Seheno Andriamanalina et Rivo Andrianirina Ratsialonana

 

Histoire

Page 157 à 166

L’État et les matières premières à Madagascar

Éléments historiques sur le contrôle du commerce extérieur par l’État (XIXe-XXe s.)

Samuel F. Sanchez

 

Notes de lecture

Page 169 à 172

Jean-Christophe Notin. La Guerre de la France au Mali

Pierre Razoux

 
Page 173 à 175

Theodore Ahlers, Hiroshi Kato, Harinder S. Kohli, Callisto Madavo, Anil Sood (eds). Afrique 2050. Realizing the Continent’s Full Potential

Philippe Hugon

 
Page 176 à 178

Stig Jarle Hansen. Al-Shabaab in Somalia. The History and Ideology of a Militant Islamist Group (2005-2012)

Jean-Bernard Véron

 
Page 179 à 182

Samir Patrice El Maarouf. Les Prémices littéraires des révolutions arabes

Nicolas Di Méo

 
Page 183 à 185

Thierry Perret. Mali. Une crise au Sahel

André Bourgeot

Fiche technique de ce numéro

  • Afrique contemporaine
    n° 251, 2014/3 - 196 pages
  • I.S.B.N. : 9782804193249