n° 247
Élections de 2013 au Kenya

Cartes et photos associées
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Leaders du MPM en campagne pour l’élection de Valéry Giscard d’Estaing. Cette photographie, prise par Pierre Pujo, directeur de la revue royaliste et nationaliste Aspects de la France et partisan « Mayotte française », a été publiée dans cette même revue en juin 1975. Lors des élections présidentielles de 1974, les leaders du MPM menèrent campagne pour Valéry Giscard d’Estaing. On discerne sur la photo Marcel Henry et Adrien Giraud, du côté droit de l’affiche, ainsi que Zaïna Méresse, à leur pied. Au premier tour, les élus du MPM avaient appelé à voter Jacques Chaban-Delmas, tout comme le parti gouvernemental local. Ce n’est que peu de temps avant le scrutin que les leaders du mouvement firent volte-face pour diriger leurs voix en faveur de Valéry Giscard d’Estaing, tandis que les partis de l’opposition se prononçaient pour François Mitterrand. Les élections nationales étaient l’occasion pour le politique MPM de marquer son opposition au gouvernement local et démontrer sa capacité de mobilisation en portant ses voix vers les candidats délaissés par le parti gouvernemental. Le RDPC, parti de l’opposition et allié un temps du MPM, avait recours à ce même procédé durant les élections législatives et présidentielles. Les élections présidentielles de 1974 poursuivirent cet ordre des choses à quelques différences près. Face à la neutralité du gouvernement local, le second tour se déroula sans réelle volonté de démarcation de l’opposition mahoraise. Valéry Giscard d’Estaing était aussi soutenu par le Mouvement de l’unité des Comores, le parti Udzima. Il l’emporta avec une avance confortable sur François Mitterrand avec 74,28 % des voix contre 25,62 %.

Photo de Pierre Pujo, « Le président ingrat », Aspects de la France, 19 juin 1975, p. 1.

Mayotte, un « départementalisme » qui s’exprime dans les urnes

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Les consultations statutaires de 1974 et 1976

Cette carte a été réalisée à partir des données recueillies par l’auteure sur les résultats des deux consultations statutaires du 22 décembre 1974 réalisés dans l’ensemble du territoire des Comores et du 8 février 1976 à Mayotte. La liste des bureaux de vote a été harmonisée afin de pouvoir les comparer. Ces résultats, obtenus par le biais des archives, diffèrent que de peu des résultats officiels. Cette représentation cartographique montre premièrement les pourcentages de vote obtenu à Mayotte lors des référendums de 1974 et de 1976 pour rester dans le giron de la République française ; et deuxièmement les taux d’accroissement entre ces deux consultations. Passant d’une moyenne de 65,32 % en 1974 à 99,4 % en 1976 contre l’indépendance, six bureaux de vote obtiennent 100 % de voix pour le maintien de Mayotte sous administration française, tandis que le reste des bureaux oscille entre 97,6 % et 99,9 %. Les conditions de vote entre ces deux consultations, plus particulièrement pour les partisans de l’indépendance à Mayotte, incarnés par le mouvement serrer-lamain, se posent de manière tangible.

Source : Idriss, M. (2011), « Le Mouvement populaire mahorais. Le combat pour Mayotte française (1958-1976) », mémoire de Master 2 d’histoire, université Paris-1 (Panthéon- Sorbonne).

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« Nous voulons rester Français pour être libres. » Cette photographie semble avoir été prise à l’occasion de la manifestation organisée lors de la venue d’une commission parlementaire aux Comores, du 11 au 17 mars 1975. Elle a été publiée dans le numéro 29 (1993) de la revue Jana na Leo. Cette revue, qui n’existe plus, donnait largement la parole aux partisans d’une « Mayotte française ». Toutefois, on y trouve d’intéressants témoignages d’acteurs politiques de la période qui précède l’indépendance des Comores (1960-1975).

Dans ses bulletins mensuels de renseignement, Henri Beaux, délégué général de la République aux Comores, rapporte qu’elle avait été accueillie à Mayotte par près de 5 000 manifestants. Aux banderoles « Nous voulons rester Français pour être libres » s’ajoutaient celles, plus critiques à l’encontre du président du Conseil de gouvernement, Ahmed Abdallah : « L’indépendance ne doit pas être une tyrannie. » Ce nouvel angle d’attaque du MPM intervenait suite aux résultats de la consultation du 22 décembre 1974, où une très grande majorité des Comoriens de l’archipel s’étaient prononcés pour l’indépendance. Tout comme pour l’ensemble des partis de l’opposition (le Pasoco, le Pec, le RDPC et l’UMMA, constitués en Font national uni), l’indépendance était perçue par les dirigeants du MPM comme la voie directe à l’instauration d’un régime dictatorial au sein duquel Ahmed Abdallah détiendrait tous les pouvoirs. Le flambeau de la liberté constitua la parade ultime portée par le MPM : c’était parce que les Mahorais voulaient être libres qu’ils refusaient l’indépendance. Cet argument ne pouvait laisser insensibles les représentants de l’État français, défenseur des libertés individuelles.

Photo anonyme, « Une revendication vieille de trente-quatre ans (photos d’archives) », Jana na Leo, n° 29, 1993, p. 10.

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Les anciens combattants, symboles de la francophilie mahoraise. Cette photographie a été prise par Pierre Pujo, fils de Maurice Pujo, cofondateur à la fin du xixe siècle avec Charles Maurras de la Revue d’action française et fondateur des Camelots du roi, a été publiée dans la revue royaliste Aspects de la France en octobre 1975, dont il est le directeur. Essayiste et journaliste nationaliste et royaliste, Pierre Pujo a pris parti contre l’indépendance de l’Algérie et a lutté pour le maintien de Mayotte dans le giron français dans les années 1970.

Sur ce cliché, la figure de l’ancien combattant est exaltée par le photographe. Cet ancien combattant mahorais de la Seconde Guerre mondiale symbolise la fidélité toujours affichée par le MPM de la population mahoraise envers la France. La francophilie mahoraise transparaît dans la plupart des écrits du MPM. Ainsi, d’après le discours officiel, les Mahorais vouaient une affection et une fidélité sans pareille à la France depuis 1841. Ils furent de tous les combats et versèrent leur sang tant pour défendre le territoire métropolitain lors des deux conflits mondiaux que pour défendre l’empire. Notamment, l’armée française intervint à Madagascar pour mettre fin à la révolte de 1947. Cet ancien combattant a non seulement risqué sa vie pour la France, mais encore il affiche, par son habillement, une occidentalisation remarquable. Le pantalon et la chemise ont remplacé la tunique de rigueur. Mis à l’honneur, les anciens combattants incarnent ainsi cette volonté mahoraise de se maintenir Français et ont valeur d’exemple dans le combat pour « Mayotte française ». Les objectifs du MPM sont ainsi légitimés comme le point d’achèvement d’un mouvement historique ayant traversé les siècles, le MPM ne faisant que poursuivre l’œuvre de ses aïeuls. Cette analyse se trouve au fondement du dogme départementaliste.

Photo de Pierre Pujo : « Cet ancien combattant de deux guerres mondiales ne connaît pas d’autres partis que la France », Aspects de la France, 16 octobre 1975, p. 7.

Des violences localisées dans la vallée du Rift

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Violences post-électorales, 2007-2008

Sources : Commission of Inquiry into post–election violence, rapport final CIPEV, 15 octobre 2008.

L’apparition fulgurante des femmes dans la représentation nationale ?

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Évolution de la représentation des femmes au parlement (1963-2013)

Source : Institut français de recherche en Afrique, 2013.

Les counties au Kenya, cellule de base des circonscriptions électorales

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Histoire politique et électorale du Kenya (1952-2013)

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Une cérémonie d’intronisation. Lors du dernier rassemblement politique de la coalition Jubilee, organisé dans la région de la côte est, avant les élections du 4 mars 2013, le candidat Uhuru Kenyatta (au centre) et son colistier William Ruto (à sa droite) sont intronisés Kaya Elders en présence de Najib Balala, ancien ministre du Tourisme, au Khadija Grounds (école primaire de Khadija) du county de Mombasa. Rencontre publique et spectacle de légitimation du pouvoir moderne par les autorités traditionnelles, l’institution des Kayas des Mijikenda (les forêts sacrées de la côte du Kenya), ce spectacle public d’approbation de la candidature présidentielle de Uhuru Kenyatta ne s’est néanmoins pas traduite en votes réels. En dépit d’une vigoureuse campagne menée par l’équipe Jubilee, Kenyatta a proportionnellement obtenu moins de voix que Mwai Kibaki, l’ancien président, en 2007.

Photo de Killian Ngala Chome, Mombasa, Kenya, mars 2013.

Taux de participation des électeurs de la région de la côte par rapport à la région du Centre

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Source : Commission indépendante en charge du découpage électoral.

Électeurs inscrits et taux de participation dans la région de la côte, 1992-2013

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Source : Commission électorale du Kenya et Commission indépendante en charge du découpage électoral.

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« Kura Haramu » ou « Le vote est illégal ». Cette photographie montre un graffiti réalisé sur un mur de Mombasa en 2012. Il y est écrit en swahili : « Kura Haramu » ou « Le vote est illégal ». De culture majoritairement musulmane, par rapport à un arrière-pays à prédominance chrétienne, la région de la côte kényane connaît un processus grandissant de marginalisation. L’idée que la démocratie et son corollaire, le vote, sont « haram », fille de l’Occident conquérant et associés à l’oppression des musulmans, et par extension des côtiers, par l’État kenyan, s’est largement développée dans le discours des mouvements politiques de la côte. Le cri de ralliement du Mombasa Republican Council (MRC), « Pwani Si Kenya » (« La côte n’est pas le Kenya »), au cours de la campagne, participe de ce climat politico-religieux tendu. Le MRC ira d’ailleurs jusqu’à appeler au boycott des élections générales de mars 2013.

Photo de Killian Ngala Chome, Mombasa, Kenya, 2012.

Les principaux partis politiques au Kenya (1997-2013)

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KANU : Kenya African National Union (Union nationale africaine du Kenya).

PNU : Party of National Union (Parti de l’Union nationale).

CORD : Coalition for Reforms and Democracy (Coalition pour les réformes et la démocratie).

Résultats de l’élection présidentielle du 4 mars 201354

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Source : IEBC, 9 mars 2013.

Partis politiques représentés à l’Assemblée et au Sénat

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Coalition politique majoritaire représentée à l’Assemblée et au Sénat par county

Les résultats des élections des députés à l’Assemblée nationale et des sénateurs au Sénat ont définitivement installé la coalition Jubilee, avec une majorité dans les deux chambres du Parlement, à la tête du pouvoir législatif. La coalition Cord de Raila Odinga devient de facto l’opposition officielle dans ces deux instances.

Source : « Kenya After the Elections », Policy Briefing, International Group (ICG), n° 94, 15 mai 2013.

Kenya, des violences périphériques en contexte électoral

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Nombre de tués et de déplacés par county (janvier 2012 - juin 2013)

Cette carte représente, au travers de deux indicateurs (le nombre de tués et le nombre de déplacés), les phénomènes de violence au Kenya, de janvier 2012 à juin 2013. Elle fusionne deux cartes produites par le bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) à Nairobi pour deux périodes distinctes, de janvier 2012 à 2013 pour la première, et de janvier à juin 2013, pour la seconde, à partir des données récoltées, agrégées et vérifiées par leurs observateurs sur le terrain, la Croix-Rouge kényane et de nombreuses ONG. Cette carte montre que, de janvier 2012 à juin 2013, 665 personnes ont été tuées et au moins 168 200 déplacés de leur région d’origine en raison des conflits locaux et intercommunautaires. Les régions les plus touchées se situent toutes dans les marges kényanes au nord et à l’est.

Source : OCHA, cartes, 2013.

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Élection « électronique », un échec ? Le 18 décembre 2012, à Nairobi, des électeurs s’enregistrent auprès de l’un des nombreux centres de la Commission électorale indépendante et de délimitation (Independent Electoral and Boundaries Commission, IEBC) à travers le pays. Un système d’enregistrement biométrique des électeurs (BVR) a été utilisé afin de dresser un registre électoral certifié. Le BVR a, sauf exception, bien fonctionné, et a permis d’enregistrer 14,3 millions d’électeurs du 19 novembre au 18 décembre 2012. Il avait pour but affiché de permettre à l’ensemble des populations, même les plus reculées, de voter et de diminuer les risques de fraudes. Mais, le jour du vote, un autre système informatique EVID (Electronic Voter Identification Devices, EVID), censé identifier les électeurs à partir de leurs empreintes digitales, a rencontré de multiples problèmes. Tout d’abord, le système a été livré avec du retard et les agents électoraux n’ont pas tous été formés à son utilisation. De plus, le jour de l’élection, la plupart ne fonctionnait pas, faute de batterie ou de mot de passe. Au final, il a fallu en revenir à un contrôle manuel à partir du registre électoral papier des électeurs. La panne du système électronique de transmission a par ailleurs obligé la commission électorale à faire venir à Nairobi les responsables de circonscriptions avec les résultats. L’État kenyan a dépensé 130 millions d’euros (15 milliards de shillings kényans) pour des élections, les plus chères de l’histoire du Kenya, utilisant des technologies de pointe en la matière, pour finalement en revenir à un mode traditionnel de vote.

Photo de Simon Maina, AFP Photo, Nairobi, Kenya, 18 décembre 2013.

L’enregistrement des électeurs, un indice pertinent de bonne tenue des élections ?

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Évolution de l’enregistrement des électeurs en millions (2002-2013)

L’évolution de l’enregistrement électoral des personnes en âge de voter au Kenya, représentées dans ce graphique, montre les pics d’enregistrement lors des élections présidentielles et générales de 2007 et 2013. Toutefois, il reste une imposante population non enregistrée, environ 44 %, en âge d’être électeur, qui correspond à des espaces et à des sociétés périphériques, pastorales, à des espaces-temps ruraux marginalisés où les niveaux de pauvreté sont les plus élevés et les niveaux d’indicateur du développement humain les plus bas. À la différence des régions centrales, où l’enregistrement est traditionnellement élevé, les régions périphériques ont les taux les plus bas pour des raisons conjoncturelles (durée de la période d’enregistrement, calendrier, instabilité), techniques (éloignement des centres d’enregistrement) et structurelles (mobilité, faible participation des femmes).

Source : Independent Electoral and Boundaries Commission (IEBC), 2013 ; Electoral Commission, 2010 ; African Elections Database and Kenya Elections Database, sites indépendants, 1997, 2002, 2005, 2007.

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La Cour suprême, une instance cruciale. Troisième en partant de la gauche, Willy Mutunga, président de la Cour suprême et de la commission Justice, depuis le 20 juin 2011, est le plus haut magistrat du Kenya. Il siège aux côtés des cinq autres juges de la Cour suprême du pays (dont une femme) et préside le 25 mars 2013 à l’audition d’une requête contestant les résultats de l’élection nationale du 4 mars lancé par le Premier ministre sortant du Kenya, Raila Odinga, dans une pétition. La cour doit déterminer si les allégations d’irrégularités sont justifiées et confirmer comme président le fils du premier président du Kenya, Jomo Kenyatta. C’est la première fois dans l’histoire politique et électorale du Kenya que la Cour suprême remplit ce rôle d’arbitre dans des élections générales. C’est pourquoi le mois de mars 2013 est déterminant pour le système judiciaire.

Photo de Tony Karumba, AFP Photo, Nairobi, Kenya, 2013.

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Ferveurs religieuses et grands-messes de paix. La veille des élections générales, le dimanche 3 mars 2013, le candidat à la présidentielle Uhuru Kenyatta (à gauche) et son colistier William Ruto (à droite), tous deux à genoux, prient publiquement lors d’une grand-messe interconfessionnelle à Kiambu.

Les deux coalitions ont usé de ce mode de communication politique. Raila Odinga s’est fortement appuyé sur le prophète David Owuor et son organisation. Ainsi, l’un des moments forts de la campagne fut le vaste meeting de national repentance d’Uhuru Park, à la fin février 2013, mené par ce leader religieux au nom de Cord. À cette occasion, tous les leaders politiques ont parlé de la repentance du pays après les violences post-électorales de 2008. Ils ont annoncé que les élections se dérouleraient sans recours à la force, quelle qu’en soit l’issue.

Photo de John Muchuchaafp, AFP Photo, Kiambu, Kenya, 2013.

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La paix, clé de la campagne électorale 2013. Quatre jours après le vote, la majorité des résultats électoraux est déjà annoncée, et Uhuru Kenyatta semble l’emporter, vu qu’un second tour n’aura finalement pas lieu. Sur cette photographie, des partisans du parti The National Alliance (TNA), dont le leader est Uhuru Kenyatta, se rassemblent au siège de la coalition Jubilee. L’un d’entre eux porte sur les épaules un tissu imprimé rouge et blanc aux couleurs du parti TNA, un tissu imprimé de type kanga, porté généralement par les femmes qui comporte habituellement des messages religieux, moraux ou amoureux. Une colombe, symbole de paix universellement reconnue, y figure. Mot d’ordre de cette élection générale de mars 2013, la paix est l’élément discursif central des leaders de Jubilee. Ces derniers se présentent comme de véritables pèlerins de la paix, promettant la fin des tensions entre les communautés qui avaient subi les violences post-électorales de 2008.

Photo de Phil Moore, Nairobi, Kenya, 2013.

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Débats électoraux télévisés, une première au Kenya. Organisé en public à Brookhouse School à Nairobi le 25 février 2013, une semaine avant les élections générales du 4 mars au Kenya, le deuxième débat télévisé rassemble les huit candidats en lice pour la présidentielle. Ils se tiennent sur une scène, juste avant le direct, dans un décor et des couleurs largement influencés par les élections américaines. Dans le pays, c’est un grande première et, étant donné le taux d’audience, ces débats politiques télévisés sont de véritables temps forts de la campagne électorale. Cet exercice nouveau a officialisé un changement générationnel et révélé la dimension nationale des candidats qui, au cours des débats, sur les questions les plus sensibles, ont utilisé le swahili, de préférence à l’anglais. Finalement, ces deux débats ont été au bénéfice d’Uhuru Kenyatta, plus apte dans cette communication audiovisuelle, que Raila Odinga, apparu usé, alors que dans les sondages, les candidats étaient au coude à coude. Fait marquant et fortement symbolique, l’émission s’est terminée sur des accolades entre les candidats et leurs familles.

Photo de Joan Pereruan, AFP, POOL, Nairobi, Kenya, 25 février 2013.

Kenya, vers une répartition territoriale homogène des partis

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Partis politiques dominants représentés par county (parlementaires, sénateurs, gouverneurs, représentants des femmes)

Au-delà du découpage bipartite entre les deux coalitions politiques, Jubilee et Cord, à l’élection présidentielle de mars.2013, cette carte montre la répartition homogène des partis politiques dans la représentation de l’échiquier électoral issue des différentes élections (parlementaire, sénatoriale, gouverneur et représentant des femmes) et leur ancrage géo-ethnique.

Source.: www.elections2013.nationmedia.com/governor.html

Kenya 2013, une géographie électorale bipolarisée ?

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Élections présidentielles et élections des gouverneurs par county

Les résultats du scrutin présidentiel dévoilent une géographie électorale avec une bipolarisation pluriethnique dans les trois quarts du pays, soit deux Kenya, un Kenya central, du Mont Kenya et de la vallée du Rift, tout acquis au ticket Kenyatta-Ruto, et un Kenya des périphéries, l’ouest et l’est, tout acquis au ticket Odinga-Kalonzo, constituant deux blocs ethnicopolitiques.

La ville de Nairobi échappe en partie à cette logique bien que la fragmentation politico-ethnique impose sa marquée dans les quartiers. De tels clivages se vérifient également à l’échelon local dans certains territoires, des circonscriptions parlementaires (constituencies), des conseils locaux (wards), mais, dans ce cas, il s’agit de petites ethnies, voire de clans, suffisamment concentrées pour peser sur les résultats. La comparaison des cartes des différents scrutins vient néanmoins nuancer légèrement cette dichotomie électorale et politique en montrant dans certains counties, par exemple dans le county de Narok ou de Kajyado au sud, la combinaison de votes au profit des deux principales coalitions selon les scrutins. Il en est de même des données locales, la composition des conseils des counties dévoile la présence nationale des grands partis (ODM.: 26,8.%.; TNA et GNU.: 26,3.%.; URP.: 15,7. %), la présence regionale de leurs alliés ou de petits partis historiques (Wiper.: 6,3.%.; UDF.: 3,8.%.; Ford Kenya.: 3.%.; Kanu.: 3.%), mais les élus des petits partis, indépendants ou alliés aux coalitions, pèsent encore près de 18.% dans ces conseils alors qu’ils ont disparu sur la scène nationale.

Source.: Independent Electoral and Boundaries Commission, mars.2013. Sur les élections locales, Y.P.. Ghai, “Etnhicity, Nationhood and Pluralism.: Kenyan Perspectives”, Katiba Institute, Nairobi, septembre.2013.


Sommaire
 
Page 7 à 8

Éditorial

Jean-Bernard Véron

 

Élections de 2013 au Kenya

Page 11 à 13

Prélude autour des élections de 2013 au Kenya

Christian Thibon

 
Page 15 à 32

Les élections générales de 2013 au Kenya

Les bégaiements de l'histoire politique kényane

Christian Thibon

 
Page 33 à 51

La CPI, Dieu et les élections kényanes de 2013

De la pentecôtisation de la vie politique à une démocratie autoritaire

Hervé Maupeu

 
Page 53 à 71

Commission électorale et Cour suprême kényane à l'épreuve du scrutin

Deux nouvelles institutions fragilisées

Marie Wolfrom

 
Page 73 à 86

Les élections générales du 4 mars 2013 au Kenya

De tensions latentes en violences contenues

Mathieu Mérino

 
Page 87 à 105

Marginalisation politique et politisation des structures alternatives de pouvoir dans la province de la côte au Kenya en 2013

Analyses des dynamiques électorales et des pouvoirs politiques locaux

Killian Ngala Chome

 

Repères

Page 108 à 109

Du parti-État à l'apprentissage du multipartisme. Une histoire politique des élections au Kenya

 
Page 110 à 111

Décentralisation et élections au Kenya. De la gestion décentralisée des affaires publiques

 
Page 112 à 113

Élections de mars 2013 au Kenya. Les femmes kényanes ont-elles fait leur entrée en politique ?

Christian Thibon

 
Page 114 à 116

Élections, milices et Mungiki. Une comparaison entre 2007-2008 et 2013

Hervé Maupeu

 

Histoire

Page 119 à 135

« Mayotte département », la fin d'un combat ?

Le Mouvement populaire mahorais : entre opposition et francophilie (1958-1976)

Mamaye Idriss

 

Notes de lecture

Page 139 à 141

Tierno Monénembo. Le Terroriste noir

Florian Alix

 
Page 142 à 144

Robert Skidelsky, Edward Skidelsky. How Much is Enough ? The Love of Money, and the Case for the Good Life

Armand Rioust de Largentaye

 
Page 145 à 148

Michel Galy (dir.). La Guerre au Mali. Comprendre la crise au Sahel et au Sahara. Enjeux et zones d'ombre

Jean-Pierre Bat

 
Page 149 à 150

Tidiane Diakité. Louis XIV et l'Afrique noire

Yves Gounin

 
Page 151 à 153

Jean-Pierre Bat. Le Syndrome Foccart. La politique française en Afrique, de 1959 à nos jours

Yves Gounin

 
Page 154 à 156

Rémy Bazenguissa-Ganga et Sami Makki (dir.). Sociétés en guerres. Ethnographies des mobilisations violentes

Jean-Vincent Holeindre

Fiche technique de ce numéro

  • Afrique contemporaine
    n° 247, 2013/3 - 166 pages
  • I.S.B.N. : 9782804184124