n° 246
Le Sud-Soudan est-il bien armé pour sa survie ?

Cartes et photos associées

Guy Penne, le « Foccart de Gauche »

guy-penne-le-foccart-de-gauche

Lors de la séance plénière de la 10e Conférence des chefs d’État de France et d’Afrique (3 et 4 octobre 1983), dans la salle des séances du casino de Vittel, François Mitterrand et Guy Penne écoutent la réponse du président du Zaïre Mobutu Sese Seko suite au discours du président français. François Mitterrand avait nommé Guy Penne conseiller auprès du président de la République pour les affaires africaines et malgaches de 1981 à 1986. Devenu le « Monsieur Afrique » de l’Élysée – surnommé le « Foccart de Gauche » –, il acquiert une solide connaissance du continent africain et s’attache à maintenir des liens étroits entre la France et les chefs d’État africains. Mis en cause dans une affaire de détournement de fonds publics, Guy Penne démissionne ; il est remplacé par son adjoint, Jean-Christophe Mitterrand. En 1999, il reviendra sur ses expériences dans un livre témoignage : Mémoires d’Afrique, entretien avec Claude Wauthier, Fayard, 1999.

Photo de Pierre Fernandez et de François-Xavier Roch, ECPAD, F 83 445 LC 117, 3 octobre 1983.

Réné Journiac, le « Monsieur Afrique » de Giscard

rene-journiac-le-monsieur-afrique-de-giscard

Prise le 23 juillet 1969, lors de l’apéritif donné par M. Debré, ministre d’État chargé de la Défense nationale, à l’occasion de la visite officielle du président gabonais Albert Bongo, cette photographie montre Réné Journiac conversant avec les hôtes du ministre. Chargé de mission au secrétariat général de la Communauté dès 1958, René Journiac devient ensuite conseiller « Afrique » de Georges Pompidou à Matignon. En 1967, Jacques Foccart l’appelle pour remplacer son conseiller technique, Alain Plantey, nommé ambassadeur à Tananarive. Sitôt élu, Valéry Giscard d’Estaing dissout le service de Jacques Foccart et invite ce dernier à sortir par la petite porte. Soucieux toutefois d’une continuité minimale, il conserve de l’équipe sortante René Journiac pour liquider le Secrétariat général et les affaires courantes. En 1974, c’est donc l’un des meilleurs disciples de Foccart qui prend en main les affaires africaines auprès de Giscard. Mais rapidement, le président réalise la place essentielle qu’il occupe pour la gestion du domaine réservé et lui accorde une équipe réduite qui fonde la célèbre « cellule Afrique ».

Photo de Boboli, ECPAD, F 69 303 R 11, 23 juillet 1969.

La famille franco-africaine en rangs serrés

la-famille-franco-africaine-en-rangs-serres

Troisième sommet franco-africain du premier président socialiste de la Ve République, François Mitterrand, la Conférence des chefs d’État de France et d’Afrique de Vittel des 3 et 4 octobre 1983 est le 10e sommet franco-africain depuis les indépendances. Elle réunit 36 participants dont 24 chefs d’État (1er rang de gauche à droite : Siaka Stevens de la Sierra Leone, Gnassingbé Eyadéma du Togo, Sir Daouda Jawara de la Gambie, Félix Houphouët-Boigny de la Côte d’Ivoire, François Mitterrand, Sékou Touré de la Guinée, Mobutu Sese Seko du Zaïre, Omar Bongo du Gabon, Denis Sassou-Nguesso du Congo, Mohamed Khouna Ould Haidalla de la Mauritanie ; 2e rang de droite à gauche : Abdou Diouf du Sénégal, Moussa Traoré du Mali, Seyni Kountché du Niger, Hissène Habré du Tchad, personne non identifiée, Ahmed Abdallah des Comores, Juvénal Habyarimana du Rwanda et Jean-Baptiste Bagaza du Burundi ; 3e rang : Thomas Sankara du Burkina Faso en béret rouge, Mathieu Kérékou du Bénin, Hassan Gouled Aptidon de Djibouti, Jao Bernardo Nino Vieira de Guinée-Bissau, Obiang N’Guema N’Basogo de Guinée Équatoriale, France-Albert René des Seychelles et Siyad Barre de Somalie), un chef de gouvernement (Aneerood Jugnauth de l’île Maurice) et onze délégations ministérielles (Angola, Égypte, Kenya, Liberia, Maroc, São Tomé & Principe, Soudan, Tanzanie, Tunisie, Zambie, Zimbabwe)

Photo de Pierre Fernandez et de François-Xavier Roch, ECPAD, F 83 445 LC 364, 3-4 octobre 1983.

La poursuite d’un duo élyséen

la-poursuite-dun-duo-elyseen

Prise au cours de la célèbre garden party de l’Élysée organisée les 14 juillet, cette photographie, datée de l’année 1970, montre le président de la République Georges Pompidou marchant dans les jardins du Palais de l’Élysée accompagné de Jacques Foccart. « Monsieur Afrique » incontesté des deux premiers présidents de la Ve République, le secrétaire général pour les Affaires africaines et malgaches poursuit la gestion du pré carré jusqu’en 1974 et l’élection de Valéry Giscard d’Estaing

Archives nationales, 5 AG 2 / 978, n° 18811, Palais de l’Élysée, 14 juillet 1970.

La sécurité en Afrique selon Jacques Foccart

la-securite-en-afrique-selon-jacques-foccart

En 1960, Jacques Foccart imagine une doctrine du « pré carré » – le terme est employé pour la première fois en 1673 par Vauban qui écrit à Louvois : « Il faudra penser à faire votre pré carré. » L’idée est simple : il existe un domaine d’influence française, qui est le périmètre de ses quatorze anciennes colonies d’Afrique, dont elle doit assurer la sécurité, vis-à-vis des ingérences tant de l’Est que de l’Ouest. Trois volets permettent de structurer cette influence : les accords secrets de défense, la coopération militaire et la politique sécuritaire au quotidien. L’amitié franco-africaine, c’est-à-dire la protection des chefs d’État, la garantie de leur sécurité politique, mais aussi physique, est la clé de voûte du pré carré. Dans le contexte de la guerre froide, la France rappelle que si elle a une capacité, il s’agit bien de la sécurité en Afrique. Telle est la véritable puissance française postcoloniale : dire qu’elle est capable de maintenir, soit par lecture de pré carré, soit par lecture anticommuniste, cette sécurité en Afrique. À partir de 1975, Valéry Giscard d’Estaing arrive avec cette nouvelle cartographie. La France n’est plus comptable du pré carré, mais devient véritablement le glaive anticommuniste dans la guerre fraîche. Nous avons donc un changement d’espace géographique et un changement de doctrine

Source : J.-P. Bat, Le Syndrome Foccart. La politique française en Afrique, de 1959 à nos jours, Paris, Gallimard, coll. « Folio histoire », 2012.

Jean-Bedel Bokassa, le meilleur allié de la politique française en Afrique

jean-bedel-bokassa-le-meilleur-allie-de-la-politique-francaise-en-afrique

Cette photographie a été prise au cours du premier voyage officiel en France du général président Jean-Bedel Bokassa (11 au 14 février 1969). Jacques Foccart tend un verre au président africain lors d’une réception donnée à l’hôtel de Noirmoutier. Avant d’être reçu avec tous les honneurs par la République française, Jean-Bedel Bokassa a connu une trajectoire de carrière « type » pour de nombreux militaires coloniaux africains de l’armée française. Enfant de troupe, sous-officier de la coloniale et vétéran de la Seconde Guerre mondiale et des guerres coloniales, le capitaine Bokassa est reversé à l’armée centrafricaine en 1962. Promu aussitôt au grade de colonel, il est nommé conseiller militaire du président Dacko (1962-1964), puis chef d’état-major de la Défense nationale (1964-1966). Dans la nuit de la saint Sylvestre 1966, il renverse Dacko avec l’aide du colonel Banza. Devenant tour à tour général, président à vie (1972) et maréchal (1974), il demeure le meilleur allié de la politique française en Centrafrique face aux menaces d’infiltration de l’Est comme de l’Ouest. Si le général de Gaulle ne l’appréciait pas, Bokassa n’en a pas moins été reçu en visite officielle en 1969, l’adoubant ainsi dans le club des « chefs d’État amis de la France ». Il obtient que la République française accepte et organise son couronnement comme empereur de Centrafrique le 4 décembre 1977. Dans la nuit du 20 au 21 septembre 1979, sur instruction de l’Élysée, des parachutistes français profitent de son voyage officiel à Tripoli pour débarquer à Bangui et procéder à son renversement

Photo d’André Branlard, Établissement de communication et de production audiovisuelle de la défense (ECPAD), F 69 33 R 104, février 1969.

Positionnement des deux pays lors des négociations de 2012

positionnement-des-deux-pays-lors-des-negociations-de-2012-2

Source : Energy Information Administration, 2012 (traduction de l’auteure).

Diversification des champs pétroliers exploités

diversification-des-champs-petroliers-exploites-2

Source : Wood Mackenzie, Annual Liquids Production, by Fields, cité par US Energy Information Administration (www.eia.gov).

Pétrole au Soudan et au Sud-Soudan, un état des lieux

petrole-au-soudan-et-au-sud-soudan-un-etat-des-lieux-2

Sources : Energie Administration Information, Country Ananlysis Briefs, 19 mars 2012 ; European Coalition on Oil in Sudan.

Sud-Soudan, le « pays des rivières »

sud-soudan-le-pays-des-rivieres-2

Un Soudan, deux Soudan, une chronologie

(2/2)
un-soudan-deux-soudan-une-chronologie-22-2

Un Soudan, deux Soudan, une chronologie

(1/2)
un-soudan-deux-soudan-une-chronologie-12-2

Un héritage patrimonial de la ville de Wau

un-heritage-patrimonial-de-la-ville-de-wau-2

Cette photographie montre les vestiges du mur en pierre et mortier de l’enceinte de Fort Desaix (Bahr el-Ghazal), édifié en janvier-février 1898 sous l’autorité du capitaine Jean-Baptiste Marchand (expédition Congo-Nil). Ils ont été photographiés près d’un siècle après la construction. Les restes des murs intègrent une plaque de fondation maçonnée dans la structure, où l’on peut lire distinctement « Fort Desaix, 1898 ». On aperçoit en contrebas la rivière Jur, qui se jette plus au nord dans la rivière Bahr el-Ghazal, elle-même affluent du Nil. Occulté dans l’historiographie anglophone, cet héritage patrimonial témoigne du rôle crucial joué par les Français dans l’essor ultérieur de la ville contemporaine de Wau, qui a pris appui sur l’implantation locale éphémère (sept mois) de la mission Marchand. Ces photographies ont été gracieusement mises à disposition en 2013 par leur auteur, Hubert Barbier, père blanc français, fondateur du comité Vigilance Soudan, qui a séjourné durant sept ans à Wau pour y édifier un institut paramédical (1976-1983)

Photo d’Hubert Barbier, Wau, Sud-Soudan, années 1980.

« Fort Desaix ! La dernière étape avant Fachoda »

fort-desaix-la-derniere-etape-avant-fachoda-2

Mur extérieur du fortin de Fort Desaix, construit en janvier 1898 par les « tirailleurs » (et des recrues locales) de la mission Congo-Nil (dite « mission Marchand »), en surplomb de la rivière Jur. Cette photographie a été réalisée par Albert Ernest Baratier, bras droit de Marchand, intégrée dans un album conservé dans une collection familiale exhumée, puis publiée, en 2010, par Éric Deroo dans La Grande Traversée de l’Afrique, 1896-1899. Congo, Fachoda, Djibouti (Little Big Man). Dans ses carnets de route, Baratier écrivait : « Fort Desaix ! La dernière étape avant Fachoda ! Fort Desaix, la véritable tête de notre pénétration ; encore un pas en avant et nous aurons accompli notre mission. […] La compagnie de tirailleurs et les Yakomas campent à la belle étoile. Braves Soudanais, […] ils ont fait tous les métiers, convoyeurs, porteurs, gardes pavillon, cultivateurs, courriers, maçons, bûcherons, pagayeurs, terrassiers » (général Baratier, Vers le Nil. Souvenirs de la mission Marchand, Paris, Fayard, 1910, p. 97)

Photo d’Albert Ernest Baratier, collection P. Vallery-Masson/LBM, 1898.

Un marché de la paix à Warawar

un-marche-de-la-paix-a-warawar-2

Pendant la guerre, dans la zone frontalière, le SPLA/M a souvent autorisé le passage des Arabes nomades vers les pâturages situés en pays Dinka. Il y a également ouvert des zones franches, des marchés de la paix où les commerçants Arabes pouvaient se rendre, contrôlés et taxés par l’administration militaire du secteur. Warawar est situé au Nord d’Aweil, la capitale de l’État de Bahr el-Ghazal du Nord. Cette organisation de territoires partagés permettait dans le même temps une concertation entre chefs Arabes Rizeigat et chefs Dinka. Un comité y a même été constitué sur la délicate question des disparitions et enlèvements et a permis le retour de Dinka captifs au Sud-Kordofan avant la création d’un organisme officiel soudanais

Photo de Christian Delmet, Warawar, Bahr el-Ghazal du Nord, Sud-Sudan, avril 2002.

Un habitat dispersé Dinka

un-habitat-disperse-dinka-2

Isolement et absence de clôtures caractérisent l’habitat nilotique. Chaque groupement de cases abrite le plus souvent des familles de frères. Cette règle patrilocale peut parfois s’accompagner de l’accueil d’autres parents et d’alliés. Il est également fréquent, en brousse, que chaque hameau occupé par deux frères, voire un seul homme et sa famille, soit distant de plusieurs kilomètres de son voisin. Dans le cas de grands villages regroupant des individus appartenant à différents clans, la solidarité territoriale joue un rôle au moins aussi important que les liens lignagers

Photo de Christian Delmet, village Dinka au sud de Gogrial, Sud-Soudan avril 2002.

Un habitat défensif

un-habitat-defensif-2

Située dans la vallée du Bahr el-Ghazal, la cité administrative de Gogrial s’est dotée de fortifications contre une offensive terrestre des forces armées soudanaises qui ne l’ont bien entendu pas protégée des bombardements aériens qu’elle a subis à plusieurs reprises. Ce cliché aérien a été pris par l’auteur à l’occasion de sa participation à une mission internationale lancée par le Département d’État américain

Photo de Christian Delmet, ville de Gogrial, État de Warrap, Sud-Soudan, avril 2002.

Sacrifice de guérison

sacrifice-de-guerison-2

En l’absence de toute infrastructure médicale et d’influence de l’islam et du christianisme, les pratiques divinatoires et sacrificielles demeurent le seul recours des Maban septentrionaux (Dar es Sagia) contre la maladie et les aléas de la vie individuelle ou sociale. Aux environs de huit heures du matin, la patiente est assise au pied de l’autel, face au soleil montant. Elle est mise en contact avec la lance du prêtre qui lui appliquera ainsi sur le front le sang de la victime immolée après une invocation à la divinité afin que la malade soit libérée de son trouble et protégée. Il s’agit d’un rituel vraisemblablement adopté des Dinka, mais où le porc que l’on aperçoit ici entravé à un piquet tient avec le poulet et le chevreau une place de choix

Photo de Christian Delmet, Kwalgon / Dereb, Sud-Soudan, juin 1984.

Le bétail chez les Maban

le-betail-chez-les-maban-2

Pendant la saison des pluies, les animaux sont rentrés chaque soir au village où, attachés à des piquets, ils passent la nuit protégés des moustiques et autres parasites par la fumée de bouses séchées. Le bétail, au soin des jeunes hommes, est destiné essentiellement à la compensation matrimoniale (de six à dix vaches) et très exceptionnellement sacrifié. Les villages Maban de cette région pauvre en ressources hydrauliques ne rassemblant que quelques familles, les enclos comptent rarement plus de quelques dizaines de vaches

Photo de Christian Delmet, Kwalgon / Dereb, Upper Nile, Sud-Soudan, juin 1983.

Abris de saison sèche chez les Maban

abris-de-saison-seche-chez-les-maban-2

Lorsque les mares et autres points d’eau sont asséchés vers la fin février, les familles Maban, un groupe de populations nilotiques habitant la région du Haut-Nil au Sud-Soudan, quittent leur village permanent pour s’établir quelques trente kilomètres plus au sud, à proximité du lit de rivières temporaires, où ils partagent les puits avec les Arabes nomades Rufa’a et les Peuls Mbororo. Jusqu’au retour des pluies fin mai-début juin, ils habiteront des huttes de paille d’environ deux mètres de diamètre sur le toit desquelles on aperçoit un lit de facture arabe (‘angareb) et des paniers ayant servi au transport de quelques ustensiles et des volailles. Des trous dans le sol servent de mortier pour piler le sorgho, base de l’alimentation, que les femmes retournent chercher à plusieurs reprises pendant ce séjour dans les greniers construits dans les champs plus ou moins éloignés des villages permanents

Photo de Christian Delmet, Kidwa / khor Chivayuka, Upper Nile, Sud-Soudan, mars 1982.

Les ethnies au Sud-Soudan, une constellation de populations

les-ethnies-au-sud-soudan-une-constellation-de-populations-2

La réalisation de cette carte sur les ethnies au Sud-Soudan a rencontré de nombreuses difficultés. Nous sommes partis de l’idée qu’elle devait seulement montrer où se trouvent les ethnies, les localiser, pour ainsi figurer les principales populations vivant aujourd’hui au Sud-Soudan, et nilotiques en particulier. Les Dinka et Nuer représentent environ 40% de la population sud-soudanaise : les Aweil Dinka, Rek Dinka, Dunjol Dinka, comme les Leek Nuer, Lak Nuer et Lou Nuer sont des sous-groupes de ces deux grandes populations. Nous avons considéré que les délimitations de ces groupes de populations étaient toujours approximatives ; c’est pourquoi, nous ne les avons pas représentées. C’est donc la carte la plus simplifiée qui a été retenue. Pour ne pas ajouter à de possibles confusions, nous n’avons pas produit ou fusionné celle-ci avec une carte linguistique ; parce que, par exemple, à l’ouest du pays, même si ces groupes sont pour beaucoup arabophones, les populations de cette zone sont des Kreish, Fertit, etc. De même, dans le Haut-Nil, les Maban parlent une langue proche du Shilluk et de l’Anuak

Sources : Ryle, J., Willis, J. et al., Sudan Handbook, Rift Valley Institute, 2011 (carte de la page 71).

Juba, une nouvelle capitale en pleine expansion

juba-une-nouvelle-capitale-en-pleine-expansion-2

Les infrastructures du nouvel État sud-soudanais sont peu développées, même dans les villes. Ainsi, jusqu’à aujourd’hui, Juba, la capitale du Sud-Soudan, également capitale de l’État de l’Équatoria centrale, ressemble à un gros village étalé en quartiers le long du Nil Blanc. Néanmoins, sa croissance exponentielle pose des défis colossaux, puisque la ville qui n’abritait que 10 000 habitants en 1956, en héberge aujourd’hui près de 500 000. Considérée comme la seule ville sûre durant la deuxième guerre civile, Juba attira pendant cette période de nombreuses personnes fuyant la guerre civile, mais aussi des populations fuyant les conflits des pays voisins. Les migrants étaient alors installés dans des camps selon leur appartenance ethnique principalement, et autorisés à s’installer temporairement sur des terres abandonnées par des habitants de Juba ayant fui la ville (El-Bushra, Sahl, 2005, p. 33). Après la signature du CPA, en 2005, la croissance de Juba s’est accélérée avec un quasi-doublement de la population en six ans. De nombreux anciens habitants sont revenus, ainsi que des Sud-Soudanais qui avaient fui au Nord ou dans les pays voisins. Ces returnees espèrent trouver dans la capitale un meilleur avenir, mais aussi de meilleures conditions de vie que dans les zones rurales. Un tel essor urbain attire également de nombreuses entreprises étrangères qui voient dans le nouvel État un potentiel eldorado pour les affaires

Photo de Raphaëlle Chevrillon-Guibert, périphéries de Juba, janvier 2001.

Le retour des Sud-Soudanais depuis le Nord

le-retour-des-sud-soudanais-depuis-le-nord-2

Le Sud-Soudan connaît depuis 2008 un afflux massif de Sud-Soudanais qui avaient fui la région et ses combats ainsi que le sous-développement. Beaucoup d’entre eux avaient gagné les régions du Nord du pays et notamment les faubourgs de la capitale, Khartoum. La fin de la guerre au Sud les a incités à revenir dans leur région d’origine d’autant qu’au Nord leur statut demeure aujourd’hui très incertain (lire le Repère d’Elena Vezzadini, p. 123-124). Ainsi près de 2 millions de déplacés internes sont donc revenus au Sud et environ 350 000 réfugiés venus des pays voisins. Dans un pays où tout manque, de telles migrations et l’intégration des migrants qui lui est liée posent des défis majeurs au nouvel État (accès à la terre, partage du pouvoir)

Photo de Raphaëlle Chevrillon-Guibert, Bahr el-Ghazal septentrional, janvier 2011.

Voter pour l’indépendance

voter-pour-lindependance-2

Ce centre de vote se situe dans la circonscription de Malualkon dans le nord-est du Bahr el-Ghazal septentrional, à quelques kilomètres de la frontière du Soudan. Il fut mis en place pour le référendum sur l’indépendance du Sud mené du 9 au 15 janvier 2011. Comme dans la plupart des centres de vote installés dans les régions rurales, des bureaux de vote « en kit » fournis par la Commission nationale électorale comprenant des isoloirs en carton, des dossards pour identifier les responsables du bureau, des urnes en plastique à sceller et des banderoles pour délimiter physiquement le bureau, sont installés en plein air sous des arbres. Les résultats définitifs publiés le 7 février donnent un pourcentage de 98,83 % en faveur de l’indépendance

Photo de Matthias Biesemans, Bahr el-Ghazal septentrional, janvier 2011.

L’accueil du héros John Garang

laccueil-du-heros-john-garang-2

En janvier 2005, après plus de vingt ans de guerre, un accord de paix, le Comprehensive Peace Agreement (CPA), était signé entre le National Congress Party (NCP), le parti hégémonique du Nord-Soudan et le Sudan People’s Liberation Movement (SPLM), le mouvement rebelle majoritaire dans le Sud. Cet accord prévoyait une répartition des pouvoirs entre ces deux formations politiques et excluait du partage les autres mouvements rebelles présents dans le pays, notamment au Darfour, mais également les autres partis d’opposition du Nord comme du Sud. Le texte accordait notamment le poste de vice-président du pays au leader du SPLM. Dès lors, le 8 juillet 2005, John Garang arrivait à Khartoum pour prêter serment comme nouveau vice-président du Soudan le lendemain. Garang avait toujours été favorable à l’unité du Soudan. Pourtant, face à l’intransigeance des autorités de Khartoum et aux pressions internes de son mouvement, il avait finalement accepté l’idée qu’une consultation populaire des Sud-Soudanais soit prévue par le CPA pour déterminer le maintien ou non de la région dans le pays. Sa mort brutale dans un accident d’hélicoptère, le 30 juillet 2005, à peine trois semaines après sa prise de fonction comme vice-président, fit craindre une reprise de la guerre. De violentes émeutes éclatèrent notamment à Khartoum à l’annonce de l’accident. Salva Kiir succéda néanmoins à Garang et devint vice-président pendant toute la période intérimaire. Élu en 2010 après des élections générales qui connurent de nombreuses fraudes au Sud (surtout pour les postes de gouverneurs), il est aujourd’hui président du nouvel État. Les deux alliés du CPA réussirent donc à passer l’épreuve et maintenir le cap fixé dans l’accord de paix. Le camp de l’unité du Sud dans un nouveau Soudan perdait néanmoins son principal partisan et sans surprise, aux termes d’une période intérimaire de six ans, le SPLM

En attendant de voter au référendum sur l’indépendance

en-attendant-de-voter-au-referendum-sur-lindependance-2

Le taux de participation au référendum sur l’indépendance du Sud prévu par les accords de paix passés en janvier 2005 dépassa les 98 %. Associée aux résultats du référendum, cette participation record, représentée sur cette photographie par cette longue file de personnes attendant de pouvoir voter, témoigne de la volonté des Sud-Soudanais de conquérir littéralement leur indépendance. Le taux de participation souligne également le manque d’alternative crédible à un projet dans lequel le Soudan serait resté uni. Pendant les mois précédents le vote, le SPLM a battu campagne au Sud avec beaucoup de ferveur tandis que le NCP, son associé du Nord dans l’accord de paix signé en 2005, fut beaucoup plus timide par peur notamment des représailles dans un Sud entièrement contrôlé par le SPLM pendant la période intérimaire prévue par le CPA

Photo de Raphaëlle Chevrillon-Guibert, près de la route reliant Aweil et Akuen, Bahr el-Ghazal septentrional, janvier 2011.

Distribution géographique des ethnies du Sud-Soudan

distribution-geographique-des-ethnies-du-sud-soudan-2

Source : NSCSE/UNICEF (2004), in Young (2006, p. 16).

Nord et Sud-Soudan au terme de l’Accord de paix global (CPA), 9 janvier 2005

nord-et-sud-soudan-au-terme-de-laccord-de-paix-global-cpa-9-janvier-2005-2

L’Accord de paix global signé au Kenya le 9 janvier 2005 par le Parti du Congrès national du Soudan et le Mouvement populaire de libération du Soudan (MPLS) du Sud-Soudan a permis de mettre fin à la deuxième guerre civile soudanaise qui durait depuis 1983. Déjà au début de l’année 2002, un accord de cessez-le-feu, comme un premier pas vers la paix, avait été signé pour six mois renouvelables, à l’issue de négociations entre Khartoum et la M/APLS. En juillet 2002, les Accords de Machakos (Kenya) avaient entériné le droit à l’autodétermination du Sud-Soudan par référendum après une période d’autonomie de six ans. Durant trois ans, de 2002 à 2005, d’intenses négociations entre les deux parties avaient abouti au Comprehensive Peace Agreement, l’Accord de paix final de 2005. Mais encore en 2011 lors de l’organisation du référendum sur l’indépendance et en 2012, certaines dispositions clefs de l’Accord relatives à la paix et à la sécurité le long de la frontière commune, à savoir la question du statut de l’Abyei, les consultations populaires sur l’avenir du statut des États du Kordofan méridional et du Nil Bleu et la question des anciens membres de l’Armée populaire de libération du Soudan (APLS) originaires des États du Kordofan méridional et du Nil Bleu ou présents dans ces deux États devaient encore être mises en œuvre. La signature à Addis Abeba (Éthiopie) en septembre 2012 d’un accord partiel avec le Soudan portant sur la création d’une zone démilitarisée le long de la frontière et sur le partage de la manne pétrolière a néanmoins permis d’avancer dans la résolution des contentieux frontaliers (voir dans la section Repères le texte de Delmet, p. 112-113)

Sources : UNJLC, 2005, UNOCHA, 2006, Johnson, 2010.

Les deux Soudan au jour de l’indépendance, le 9 juillet 2011

les-deux-soudan-au-jour-de-lindependance-le-9-juillet-2011-2

Les Accords de paix (ou Comprehensive Peace Agreement, CPA) de janvier 2005, signé à Naivasha au Kenya, ont reconnu la limite régionale entre le Sud et le Nord du Soudan de 1956 comme frontière internationale en cas de séparation à l’issue du référendum d’autodétermination de 2011, en prévoyant sa révision dans les six mois. Mais le Sud-Soudan est devenu indépendant et la frontière de 1 800 kilomètres qui sépare les deux pays n’est toujours pas complètement définie et délimitée. Après de longues négociations à propos du tracé de la frontière, outre la région d’Abyei, neuf secteurs - quatre sont ici représentés sur la carte (voir repère, Delmet, p. 116-117) - sont le théâtre de conflits de plus ou moins grande ampleur et font l’objet d’intenses discussions, dont les derniers accords signés en septembre 2012 par les Présidents Omar el-Béchir et Salva Kiir. Un calendrier établi en mars 2013 laissent néanmoins espérer un règlement avant la fin de l’année. De par sa position stratégique à la charnière entre le Soudan, l’Afrique centrale, l’Afrique des Grands Lacs et l’Afrique de l’est, le Sud-Soudan est un enjeu de géopolitique et joue un rôle primordial dans la sous-région. Son avenir pourra ainsi se construire tant en regardant ses partenaires au Nord comme au Sud

Sources : UNJLC, 2005, UNOCHA, 2006, Johnson, 2010.

Positionnement des deux pays lors des négociations de 2012

positionnement-des-deux-pays-lors-des-negociations-de-2012

Source : Energy Information Administration, 2012 (traduction de l’auteure).

Diversification des champs pétroliers exploités

diversification-des-champs-petroliers-exploites

Source : Wood Mackenzie, Annual Liquids Production, by Fields, cité par US Energy Information Administration (www.eia.gov).

Pétrole au Soudan et au Sud-Soudan, un état des lieux

petrole-au-soudan-et-au-sud-soudan-un-etat-des-lieux

Sources : Energie Administration Information, Country Ananlysis Briefs, 19 mars 2012 ; European Coalition on Oil in Sudan.

Sud-Soudan, le « pays des rivières »

sud-soudan-le-pays-des-rivieres

Un Soudan, deux Soudan, une chronologie

(2/2)
un-soudan-deux-soudan-une-chronologie-22

Un Soudan, deux Soudan, une chronologie

(1/2)
un-soudan-deux-soudan-une-chronologie-12

Un héritage patrimonial de la ville de Wau

un-heritage-patrimonial-de-la-ville-de-wau

Cette photographie montre les vestiges du mur en pierre et mortier de l’enceinte de Fort Desaix (Bahr el-Ghazal), édifié en janvier-février 1898 sous l’autorité du capitaine Jean-Baptiste Marchand (expédition Congo-Nil). Ils ont été photographiés près d’un siècle après la construction. Les restes des murs intègrent une plaque de fondation maçonnée dans la structure, où l’on peut lire distinctement « Fort Desaix, 1898 ». On aperçoit en contrebas la rivière Jur, qui se jette plus au nord dans la rivière Bahr el-Ghazal, elle-même affluent du Nil. Occulté dans l’historiographie anglophone, cet héritage patrimonial témoigne du rôle crucial joué par les Français dans l’essor ultérieur de la ville contemporaine de Wau, qui a pris appui sur l’implantation locale éphémère (sept mois) de la mission Marchand. Ces photographies ont été gracieusement mises à disposition en 2013 par leur auteur, Hubert Barbier, père blanc français, fondateur du comité Vigilance Soudan, qui a séjourné durant sept ans à Wau pour y édifier un institut paramédical (1976-1983)

Photo d’Hubert Barbier, Wau, Sud-Soudan, années 1980.

« Fort Desaix ! La dernière étape avant Fachoda »

fort-desaix-la-derniere-etape-avant-fachoda

Mur extérieur du fortin de Fort Desaix, construit en janvier 1898 par les « tirailleurs » (et des recrues locales) de la mission Congo-Nil (dite « mission Marchand »), en surplomb de la rivière Jur. Cette photographie a été réalisée par Albert Ernest Baratier, bras droit de Marchand, intégrée dans un album conservé dans une collection familiale exhumée, puis publiée, en 2010, par Éric Deroo dans La Grande Traversée de l’Afrique, 1896-1899. Congo, Fachoda, Djibouti (Little Big Man). Dans ses carnets de route, Baratier écrivait : « Fort Desaix ! La dernière étape avant Fachoda ! Fort Desaix, la véritable tête de notre pénétration ; encore un pas en avant et nous aurons accompli notre mission. […] La compagnie de tirailleurs et les Yakomas campent à la belle étoile. Braves Soudanais, […] ils ont fait tous les métiers, convoyeurs, porteurs, gardes pavillon, cultivateurs, courriers, maçons, bûcherons, pagayeurs, terrassiers » (général Baratier, Vers le Nil. Souvenirs de la mission Marchand, Paris, Fayard, 1910, p. 97)

Photo d’Albert Ernest Baratier, collection P. Vallery-Masson/LBM, 1898.

Un marché de la paix à Warawar

un-marche-de-la-paix-a-warawar

Pendant la guerre, dans la zone frontalière, le SPLA/M a souvent autorisé le passage des Arabes nomades vers les pâturages situés en pays Dinka. Il y a également ouvert des zones franches, des marchés de la paix où les commerçants Arabes pouvaient se rendre, contrôlés et taxés par l’administration militaire du secteur. Warawar est situé au Nord d’Aweil, la capitale de l’État de Bahr el-Ghazal du Nord. Cette organisation de territoires partagés permettait dans le même temps une concertation entre chefs Arabes Rizeigat et chefs Dinka. Un comité y a même été constitué sur la délicate question des disparitions et enlèvements et a permis le retour de Dinka captifs au Sud-Kordofan avant la création d’un organisme officiel soudanais

Photo de Christian Delmet, Warawar, Bahr el-Ghazal du Nord, Sud-Sudan, avril 2002.

Un habitat dispersé Dinka

un-habitat-disperse-dinka

Isolement et absence de clôtures caractérisent l’habitat nilotique. Chaque groupement de cases abrite le plus souvent des familles de frères. Cette règle patrilocale peut parfois s’accompagner de l’accueil d’autres parents et d’alliés. Il est également fréquent, en brousse, que chaque hameau occupé par deux frères, voire un seul homme et sa famille, soit distant de plusieurs kilomètres de son voisin. Dans le cas de grands villages regroupant des individus appartenant à différents clans, la solidarité territoriale joue un rôle au moins aussi important que les liens lignagers

Photo de Christian Delmet, village Dinka au sud de Gogrial, Sud-Soudan avril 2002.

Un habitat défensif

un-habitat-defensif

Située dans la vallée du Bahr el-Ghazal, la cité administrative de Gogrial s’est dotée de fortifications contre une offensive terrestre des forces armées soudanaises qui ne l’ont bien entendu pas protégée des bombardements aériens qu’elle a subis à plusieurs reprises. Ce cliché aérien a été pris par l’auteur à l’occasion de sa participation à une mission internationale lancée par le Département d’État américain

Photo de Christian Delmet, ville de Gogrial, État de Warrap, Sud-Soudan, avril 2002.

Sacrifice de guérison

sacrifice-de-guerison

En l’absence de toute infrastructure médicale et d’influence de l’islam et du christianisme, les pratiques divinatoires et sacrificielles demeurent le seul recours des Maban septentrionaux (Dar es Sagia) contre la maladie et les aléas de la vie individuelle ou sociale. Aux environs de huit heures du matin, la patiente est assise au pied de l’autel, face au soleil montant. Elle est mise en contact avec la lance du prêtre qui lui appliquera ainsi sur le front le sang de la victime immolée après une invocation à la divinité afin que la malade soit libérée de son trouble et protégée. Il s’agit d’un rituel vraisemblablement adopté des Dinka, mais où le porc que l’on aperçoit ici entravé à un piquet tient avec le poulet et le chevreau une place de choix

Photo de Christian Delmet, Kwalgon / Dereb, Sud-Soudan, juin 1984.

Le bétail chez les Maban

le-betail-chez-les-maban

Pendant la saison des pluies, les animaux sont rentrés chaque soir au village où, attachés à des piquets, ils passent la nuit protégés des moustiques et autres parasites par la fumée de bouses séchées. Le bétail, au soin des jeunes hommes, est destiné essentiellement à la compensation matrimoniale (de six à dix vaches) et très exceptionnellement sacrifié. Les villages Maban de cette région pauvre en ressources hydrauliques ne rassemblant que quelques familles, les enclos comptent rarement plus de quelques dizaines de vaches

Photo de Christian Delmet, Kwalgon / Dereb, Upper Nile, Sud-Soudan, juin 1983.

Abris de saison sèche chez les Maban

abris-de-saison-seche-chez-les-maban

Lorsque les mares et autres points d’eau sont asséchés vers la fin février, les familles Maban, un groupe de populations nilotiques habitant la région du Haut-Nil au Sud-Soudan, quittent leur village permanent pour s’établir quelques trente kilomètres plus au sud, à proximité du lit de rivières temporaires, où ils partagent les puits avec les Arabes nomades Rufa’a et les Peuls Mbororo. Jusqu’au retour des pluies fin mai-début juin, ils habiteront des huttes de paille d’environ deux mètres de diamètre sur le toit desquelles on aperçoit un lit de facture arabe (‘angareb) et des paniers ayant servi au transport de quelques ustensiles et des volailles. Des trous dans le sol servent de mortier pour piler le sorgho, base de l’alimentation, que les femmes retournent chercher à plusieurs reprises pendant ce séjour dans les greniers construits dans les champs plus ou moins éloignés des villages permanents

Photo de Christian Delmet, Kidwa / khor Chivayuka, Upper Nile, Sud-Soudan, mars 1982.

Les ethnies au Sud-Soudan, une constellation de populations

les-ethnies-au-sud-soudan-une-constellation-de-populations

La réalisation de cette carte sur les ethnies au Sud-Soudan a rencontré de nombreuses difficultés. Nous sommes partis de l’idée qu’elle devait seulement montrer où se trouvent les ethnies, les localiser, pour ainsi figurer les principales populations vivant aujourd’hui au Sud-Soudan, et nilotiques en particulier. Les Dinka et Nuer représentent environ 40% de la population sud-soudanaise : les Aweil Dinka, Rek Dinka, Dunjol Dinka, comme les Leek Nuer, Lak Nuer et Lou Nuer sont des sous-groupes de ces deux grandes populations. Nous avons considéré que les délimitations de ces groupes de populations étaient toujours approximatives ; c’est pourquoi, nous ne les avons pas représentées. C’est donc la carte la plus simplifiée qui a été retenue. Pour ne pas ajouter à de possibles confusions, nous n’avons pas produit ou fusionné celle-ci avec une carte linguistique ; parce que, par exemple, à l’ouest du pays, même si ces groupes sont pour beaucoup arabophones, les populations de cette zone sont des Kreish, Fertit, etc. De même, dans le Haut-Nil, les Maban parlent une langue proche du Shilluk et de l’Anuak

Sources : Ryle, J., Willis, J. et al., Sudan Handbook, Rift Valley Institute, 2011 (carte de la page 71).

Juba, une nouvelle capitale en pleine expansion

juba-une-nouvelle-capitale-en-pleine-expansion

Les infrastructures du nouvel État sud-soudanais sont peu développées, même dans les villes. Ainsi, jusqu’à aujourd’hui, Juba, la capitale du Sud-Soudan, également capitale de l’État de l’Équatoria centrale, ressemble à un gros village étalé en quartiers le long du Nil Blanc. Néanmoins, sa croissance exponentielle pose des défis colossaux, puisque la ville qui n’abritait que 10 000 habitants en 1956, en héberge aujourd’hui près de 500 000. Considérée comme la seule ville sûre durant la deuxième guerre civile, Juba attira pendant cette période de nombreuses personnes fuyant la guerre civile, mais aussi des populations fuyant les conflits des pays voisins. Les migrants étaient alors installés dans des camps selon leur appartenance ethnique principalement, et autorisés à s’installer temporairement sur des terres abandonnées par des habitants de Juba ayant fui la ville (El-Bushra, Sahl, 2005, p. 33). Après la signature du CPA, en 2005, la croissance de Juba s’est accélérée avec un quasi-doublement de la population en six ans. De nombreux anciens habitants sont revenus, ainsi que des Sud-Soudanais qui avaient fui au Nord ou dans les pays voisins. Ces returnees espèrent trouver dans la capitale un meilleur avenir, mais aussi de meilleures conditions de vie que dans les zones rurales. Un tel essor urbain attire également de nombreuses entreprises étrangères qui voient dans le nouvel État un potentiel eldorado pour les affaires

Photo de Raphaëlle Chevrillon-Guibert, périphéries de Juba, janvier 2001.

Le retour des Sud-Soudanais depuis le Nord

le-retour-des-sud-soudanais-depuis-le-nord

Le Sud-Soudan connaît depuis 2008 un afflux massif de Sud-Soudanais qui avaient fui la région et ses combats ainsi que le sous-développement. Beaucoup d’entre eux avaient gagné les régions du Nord du pays et notamment les faubourgs de la capitale, Khartoum. La fin de la guerre au Sud les a incités à revenir dans leur région d’origine d’autant qu’au Nord leur statut demeure aujourd’hui très incertain (lire le Repère d’Elena Vezzadini, p. 123-124). Ainsi près de 2 millions de déplacés internes sont donc revenus au Sud et environ 350 000 réfugiés venus des pays voisins. Dans un pays où tout manque, de telles migrations et l’intégration des migrants qui lui est liée posent des défis majeurs au nouvel État (accès à la terre, partage du pouvoir)

Photo de Raphaëlle Chevrillon-Guibert, Bahr el-Ghazal septentrional, janvier 2011.

Voter pour l’indépendance

voter-pour-lindependance

Ce centre de vote se situe dans la circonscription de Malualkon dans le nord-est du Bahr el-Ghazal septentrional, à quelques kilomètres de la frontière du Soudan. Il fut mis en place pour le référendum sur l’indépendance du Sud mené du 9 au 15 janvier 2011. Comme dans la plupart des centres de vote installés dans les régions rurales, des bureaux de vote « en kit » fournis par la Commission nationale électorale comprenant des isoloirs en carton, des dossards pour identifier les responsables du bureau, des urnes en plastique à sceller et des banderoles pour délimiter physiquement le bureau, sont installés en plein air sous des arbres. Les résultats définitifs publiés le 7 février donnent un pourcentage de 98,83 % en faveur de l’indépendance

Photo de Matthias Biesemans, Bahr el-Ghazal septentrional, janvier 2011.

L’accueil du héros John Garang

laccueil-du-heros-john-garang

En janvier 2005, après plus de vingt ans de guerre, un accord de paix, le Comprehensive Peace Agreement (CPA), était signé entre le National Congress Party (NCP), le parti hégémonique du Nord-Soudan et le Sudan People’s Liberation Movement (SPLM), le mouvement rebelle majoritaire dans le Sud. Cet accord prévoyait une répartition des pouvoirs entre ces deux formations politiques et excluait du partage les autres mouvements rebelles présents dans le pays, notamment au Darfour, mais également les autres partis d’opposition du Nord comme du Sud. Le texte accordait notamment le poste de vice-président du pays au leader du SPLM. Dès lors, le 8 juillet 2005, John Garang arrivait à Khartoum pour prêter serment comme nouveau vice-président du Soudan le lendemain. Garang avait toujours été favorable à l’unité du Soudan. Pourtant, face à l’intransigeance des autorités de Khartoum et aux pressions internes de son mouvement, il avait finalement accepté l’idée qu’une consultation populaire des Sud-Soudanais soit prévue par le CPA pour déterminer le maintien ou non de la région dans le pays. Sa mort brutale dans un accident d’hélicoptère, le 30 juillet 2005, à peine trois semaines après sa prise de fonction comme vice-président, fit craindre une reprise de la guerre. De violentes émeutes éclatèrent notamment à Khartoum à l’annonce de l’accident. Salva Kiir succéda néanmoins à Garang et devint vice-président pendant toute la période intérimaire. Élu en 2010 après des élections générales qui connurent de nombreuses fraudes au Sud (surtout pour les postes de gouverneurs), il est aujourd’hui président du nouvel État. Les deux alliés du CPA réussirent donc à passer l’épreuve et maintenir le cap fixé dans l’accord de paix. Le camp de l’unité du Sud dans un nouveau Soudan perdait néanmoins son principal partisan et sans surprise, aux termes d’une période intérimaire de six ans, le SPLM plaidait en faveur de la séparation de la région

Photo d’Ali et Safa Dahab, Khartoum, 8 juillet 2005.

En attendant de voter au référendum sur l’indépendance

en-attendant-de-voter-au-referendum-sur-lindependance

Le taux de participation au référendum sur l’indépendance du Sud prévu par les accords de paix passés en janvier 2005 dépassa les 98 %. Associée aux résultats du référendum, cette participation record, représentée sur cette photographie par cette longue file de personnes attendant de pouvoir voter, témoigne de la volonté des Sud-Soudanais de conquérir littéralement leur indépendance. Le taux de participation souligne également le manque d’alternative crédible à un projet dans lequel le Soudan serait resté uni. Pendant les mois précédents le vote, le SPLM a battu campagne au Sud avec beaucoup de ferveur tandis que le NCP, son associé du Nord dans l’accord de paix signé en 2005, fut beaucoup plus timide par peur notamment des représailles dans un Sud entièrement contrôlé par le SPLM pendant la période intérimaire prévue par le CPA

Photo de Raphaëlle Chevrillon-Guibert, près de la route reliant Aweil et Akuen, Bahr el-Ghazal septentrional, janvier 2011.

Distribution géographique des ethnies du Sud-Soudan

distribution-geographique-des-ethnies-du-sud-soudan

Source : NSCSE/UNICEF (2004), in Young (2006, p. 16).

Nord et Sud-Soudan au terme de l’Accord de paix global (CPA), 9 janvier 2005

nord-et-sud-soudan-au-terme-de-laccord-de-paix-global-cpa-9-janvier-2005

L’Accord de paix global signé au Kenya le 9 janvier 2005 par le Parti du Congrès national du Soudan et le Mouvement populaire de libération du Soudan (MPLS) du Sud-Soudan a permis de mettre fin à la deuxième guerre civile soudanaise qui durait depuis 1983. Déjà au début de l’année 2002, un accord de cessez-le-feu, comme un premier pas vers la paix, avait été signé pour six mois renouvelables, à l’issue de négociations entre Khartoum et la M/APLS. En juillet 2002, les Accords de Machakos (Kenya) avaient entériné le droit à l’autodétermination du Sud-Soudan par référendum après une période d’autonomie de six ans. Durant trois ans, de 2002 à 2005, d’intenses négociations entre les deux parties avaient abouti au Comprehensive Peace Agreement, l’Accord de paix final de 2005. Mais encore en 2011 lors de l’organisation du référendum sur l’indépendance et en 2012, certaines dispositions clefs de l’Accord relatives à la paix et à la sécurité le long de la frontière commune, à savoir la question du statut de l’Abyei, les consultations populaires sur l’avenir du statut des États du Kordofan méridional et du Nil Bleu et la question des anciens membres de l’Armée populaire de libération du Soudan (APLS) originaires des États du Kordofan méridional et du Nil Bleu ou présents dans ces deux États devaient encore être mises en œuvre. La signature à Addis Abeba (Éthiopie) en septembre 2012 d’un accord partiel avec le Soudan portant sur la création d’une zone démilitarisée le long de la frontière et sur le partage de la manne pétrolière a néanmoins permis d’avancer dans la résolution des contentieux frontaliers (voir dans la section Repères le texte de Delmet, p. 112-113)

Sources : UNJLC, 2005, UNOCHA, 2006, Johnson, 2010.

Les deux Soudan au jour de l’indépendance, le 9 juillet 2011

les-deux-soudan-au-jour-de-lindependance-le-9-juillet-2011

Les Accords de paix (ou Comprehensive Peace Agreement, CPA) de janvier 2005, signé à Naivasha au Kenya, ont reconnu la limite régionale entre le Sud et le Nord du Soudan de 1956 comme frontière internationale en cas de séparation à l’issue du référendum d’autodétermination de 2011, en prévoyant sa révision dans les six mois. Mais le Sud-Soudan est devenu indépendant et la frontière de 1 800 kilomètres qui sépare les deux pays n’est toujours pas complètement définie et délimitée. Après de longues négociations à propos du tracé de la frontière, outre la région d’Abyei, neuf secteurs - quatre sont ici représentés sur la carte (voir repère, Delmet, p. 116-117) - sont le théâtre de conflits de plus ou moins grande ampleur et font l’objet d’intenses discussions, dont les derniers accords signés en septembre 2012 par les Présidents Omar el-Béchir et Salva Kiir. Un calendrier établi en mars 2013 laissent néanmoins espérer un règlement avant la fin de l’année. De par sa position stratégique à la charnière entre le Soudan, l’Afrique centrale, l’Afrique des Grands Lacs et l’Afrique de l’est, le Sud-Soudan est un enjeu de géopolitique et joue un rôle primordial dans la sous-région. Son avenir pourra ainsi se construire tant en regardant ses partenaires au Nord comme au Sud

Sources : UNJLC, 2005, UNOCHA, 2006, Johnson, 2010.


Sommaire
 
Page 7 à 8

Éditorial

Jean-Bernard Véron

 

Le Sud-Soudan est-il bien armé pour sa survie ?

Page 11 à 19

Le Sud-Soudan est-il bien armé pour sa survie ?

Introduction thématique

François Gaulme

 
Page 21 à 34

Le Soudan, un pays indivisible, dual ou pluriel ?

Chronique post-rupture

Heather J. Sharkey

 
Page 35 à 52

Les défis de la construction de l'État au Sud-Soudan

Redie Bereketeab

 
Page 53 à 80

Sud-Soudan : les acteurs de la construction et de la formation de l'État

Sociologie des nouvelles élites administratives

Raphaëlle Chevrillon-Guibert

 
Page 81 à 97

Sud-Soudan : l'État et les sociétés nilotiques traditionnelles

Bétail, sacrifices, justice et échanges

Christian Delmet

 
Page 99 à 110

Les missions chrétiennes et la construction du Sud-Soudan

Évangélisation, humanitaire et activisme international à Wau

Sébastien Fath

 

Repères

Page 112 à 113

Les frontières entre le sud et le nord du Soudan. Des enjeux territoriaux majeurs à négocier

Christian Delmet

 
Page 114 à 115

Vers une (re)dynamisation des études soudanaises en France

Iris Seri-Hersch

 
Page 116 à 118

Sud-Soudan, le « pays des rivières ». Les défis des ressources en eau

Patricia Hugonin

 
Page 119 à 120

Pétrole dans les deux Soudan. Production, répartition et exploitation des champs pétroliers

Carole Stora-Calté

 
Page 121 à 122

Quelle répartition de la rente pétrolière entre le Soudan et le Sud-Soudan ?

Carole Stora-Calté

 
Page 123 à 124

État, nationalité et citoyenneté au Sud-Soudan

Elena Vezzadini

 

Histoire

Page 127 à 148

Les diamants (de Bokassa) sont éternels

« Pré carré » et guerre fraîche : la fabrique de la Françafrique

Jean-Pierre Bat

 

Notes de lecture

Page 151 à 153

Marielle Debos. Le Métier des armes au Tchad. Le gouvernement de l'entre-guerres

Christian Seignobos

 
Page 154 à 156

Philippe d'Iribarne. L'Islam devant la démocratie

Alain Henry

 
Page 157 à 158

Dominique Decherf. Couleurs. Mémoires d'un ambassadeur de France en Afrique

Pierre Jacquemot

 
Page 159 à 160

François-Xavier Fauvelle-Aymar. Le Rhinocéros d'or. Histoires du Moyen Âge africain

Yves Gounin

 
Page 161 à 163

Gérard Chaliand (avec la collaboration de Michel Jan). Vers un nouvel ordre du monde

Emmanuel Comolet

 
Page 164 à 166

Human development Report 2013. The Rise of the South, Human Progress in a Diverse World

Thomas Roca

 
Page 167 à 168

Les Assises du développement et de la solidarité internationale

Pierre Jacquemot

 
Page 169 à 172

Yasmina Khadra. L'Équation africaine

Constance Fishbach

 
Page 173 à 175

Henri Crouzat. Azizah de Niamkoko

Yves Gounin

 
Page 176 à 178

Chimamanda Ngozi Adichie. Autour de ton cou

Florian Alix

Fiche technique de ce numéro

  • Afrique contemporaine
    n° 246, 2013/2 - 186 pages
  • I.S.B.N. : 9782804183233