Pourquoi faut-il, encore, plaider la cause de la décolonisation du droit au Sahel (et ailleurs) ?

par Étienne Le Roy

      Mathieu Boche

Étienne Le Roy nous a quittés le 28 février 2020, dans sa 80e année. En décembre 2019, au détour de l’un de nos échanges réguliers, je lui avais proposé de participer à la préparation de ce numéro sur les (in)dépendances africaines, dont il avait apprécié « l’insolence de l’intitulé ». Il m’a fait l’amitié d’accepter cette proposition, et nous avions convenu de l’intérêt de centrer ce texte sur le besoin de décolonisation juridique des États africains francophones. Fidèle à sa volonté de transmission et de partage, Étienne a poursuivi ses travaux d’écriture dans les derniers mois de sa vie avec plusieurs ouvrages complémentaires. Il a notamment confié en héritage au comité technique « Foncier et développement » un texte sur son cheminement intellectuel sur les questions foncières (Le Roy, 2019b). À la suite de ce témoignage sur six décennies de recherche et d’engagement, il a souhaité ici livrer une autre contribution, sous forme de discours de la méthode, appelant à la production d’un droit authentiquement nouveau, fondé sur la reconnaissance des pluralismes juridiques et institutionnels.
Comme le disait Étienne, « derrière le prétendu droit coutumier, il y a un univers juridique qui émerge avec “le faire, les actes posés et les comportements ritualisés”, une juridicité relevant d’une logique à l’état pratique totalement ignorée des juristes ». C’est sur la base de l’observation de ces pratiques qu’il propose une démarche de médiation pour accompagner de nouvelles formes de production normative. Ce texte constitue l’un des derniers témoignages académiques d’Étienne Le Roy. Il raisonne comme une invitation à l’introspection et au questionnement pour amorcer une démarche de décolonisation juridique fondée sur les pratiques normatives endogènes. Telle une boussole, ces principes pourront aider celles et ceux qui souhaitent se lancer dans ce voyage fondateur. Merci à Étienne et à sa famille de nous avoir fait l’honneur et l’amitié de nous confier cette part d’héritage et d’avoir accepté la publication de ce texte dans ce numéro d’Afrique contemporaine.




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