Sud-Soudan : l’État et les sociétés nilotiques traditionnelles

par Christian Delmet

La colonisation et le conflit Nord-Sud ont tragiquement bouleversé l’existence des populations, mais n’ont pas totalement détruit les anciennes structures sociales, politiques et religieuses des sociétés nilotiques traditionnelles Dinka et Nuer. Ces dernières ont autant subi que « digéré » à leur façon les changements dans les domaines économique et juridique, et elles demeurent basées pour l’essentiel sur le bétail. L’article revient sur le rôle de celui-ci dans les relations sociales et matrimoniales, dans la religion et dans le règlement des conflits. La « nouveauté » semble avoir eu raison de l’ancien système de médiation par les « chefs religieux ». Le fusil a remplacé la lance et le sang versé n’a plus la même valeur : le combattant d’aujourd’hui n’est plus tenu à aucune réparation et les chefs religieux n’ont plus à procéder à des sacrifices de réconciliation.




Cartes et photos associées
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Pendant la guerre, dans la zone frontalière, le SPLA/M a souvent autorisé le passage des Arabes nomades vers les pâturages situés en pays Dinka. Il y a également ouvert des zones franches, des marchés de la paix où les commerçants Arabes pouvaient se rendre, contrôlés et taxés par l’administration militaire du secteur. Warawar est situé au Nord d’Aweil, la capitale de l’État de Bahr el-Ghazal du Nord. Cette organisation de territoires partagés permettait dans le même temps une concertation entre chefs Arabes Rizeigat et chefs Dinka. Un comité y a même été constitué sur la délicate question des disparitions et enlèvements et a permis le retour de Dinka captifs au Sud-Kordofan avant la création d’un organisme officiel soudanais

Photo de Christian Delmet, Warawar, Bahr el-Ghazal du Nord, Sud-Sudan, avril 2002.

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Isolement et absence de clôtures caractérisent l’habitat nilotique. Chaque groupement de cases abrite le plus souvent des familles de frères. Cette règle patrilocale peut parfois s’accompagner de l’accueil d’autres parents et d’alliés. Il est également fréquent, en brousse, que chaque hameau occupé par deux frères, voire un seul homme et sa famille, soit distant de plusieurs kilomètres de son voisin. Dans le cas de grands villages regroupant des individus appartenant à différents clans, la solidarité territoriale joue un rôle au moins aussi important que les liens lignagers

Photo de Christian Delmet, village Dinka au sud de Gogrial, Sud-Soudan avril 2002.

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Située dans la vallée du Bahr el-Ghazal, la cité administrative de Gogrial s’est dotée de fortifications contre une offensive terrestre des forces armées soudanaises qui ne l’ont bien entendu pas protégée des bombardements aériens qu’elle a subis à plusieurs reprises. Ce cliché aérien a été pris par l’auteur à l’occasion de sa participation à une mission internationale lancée par le Département d’État américain

Photo de Christian Delmet, ville de Gogrial, État de Warrap, Sud-Soudan, avril 2002.

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En l’absence de toute infrastructure médicale et d’influence de l’islam et du christianisme, les pratiques divinatoires et sacrificielles demeurent le seul recours des Maban septentrionaux (Dar es Sagia) contre la maladie et les aléas de la vie individuelle ou sociale. Aux environs de huit heures du matin, la patiente est assise au pied de l’autel, face au soleil montant. Elle est mise en contact avec la lance du prêtre qui lui appliquera ainsi sur le front le sang de la victime immolée après une invocation à la divinité afin que la malade soit libérée de son trouble et protégée. Il s’agit d’un rituel vraisemblablement adopté des Dinka, mais où le porc que l’on aperçoit ici entravé à un piquet tient avec le poulet et le chevreau une place de choix

Photo de Christian Delmet, Kwalgon / Dereb, Sud-Soudan, juin 1984.

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Pendant la saison des pluies, les animaux sont rentrés chaque soir au village où, attachés à des piquets, ils passent la nuit protégés des moustiques et autres parasites par la fumée de bouses séchées. Le bétail, au soin des jeunes hommes, est destiné essentiellement à la compensation matrimoniale (de six à dix vaches) et très exceptionnellement sacrifié. Les villages Maban de cette région pauvre en ressources hydrauliques ne rassemblant que quelques familles, les enclos comptent rarement plus de quelques dizaines de vaches

Photo de Christian Delmet, Kwalgon / Dereb, Upper Nile, Sud-Soudan, juin 1983.

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Lorsque les mares et autres points d’eau sont asséchés vers la fin février, les familles Maban, un groupe de populations nilotiques habitant la région du Haut-Nil au Sud-Soudan, quittent leur village permanent pour s’établir quelques trente kilomètres plus au sud, à proximité du lit de rivières temporaires, où ils partagent les puits avec les Arabes nomades Rufa’a et les Peuls Mbororo. Jusqu’au retour des pluies fin mai-début juin, ils habiteront des huttes de paille d’environ deux mètres de diamètre sur le toit desquelles on aperçoit un lit de facture arabe (‘angareb) et des paniers ayant servi au transport de quelques ustensiles et des volailles. Des trous dans le sol servent de mortier pour piler le sorgho, base de l’alimentation, que les femmes retournent chercher à plusieurs reprises pendant ce séjour dans les greniers construits dans les champs plus ou moins éloignés des villages permanents

Photo de Christian Delmet, Kidwa / khor Chivayuka, Upper Nile, Sud-Soudan, mars 1982.

les-ethnies-au-sud-soudan-une-constellation-de-populations-2

La réalisation de cette carte sur les ethnies au Sud-Soudan a rencontré de nombreuses difficultés. Nous sommes partis de l’idée qu’elle devait seulement montrer où se trouvent les ethnies, les localiser, pour ainsi figurer les principales populations vivant aujourd’hui au Sud-Soudan, et nilotiques en particulier. Les Dinka et Nuer représentent environ 40% de la population sud-soudanaise : les Aweil Dinka, Rek Dinka, Dunjol Dinka, comme les Leek Nuer, Lak Nuer et Lou Nuer sont des sous-groupes de ces deux grandes populations. Nous avons considéré que les délimitations de ces groupes de populations étaient toujours approximatives ; c’est pourquoi, nous ne les avons pas représentées. C’est donc la carte la plus simplifiée qui a été retenue. Pour ne pas ajouter à de possibles confusions, nous n’avons pas produit ou fusionné celle-ci avec une carte linguistique ; parce que, par exemple, à l’ouest du pays, même si ces groupes sont pour beaucoup arabophones, les populations de cette zone sont des Kreish, Fertit, etc. De même, dans le Haut-Nil, les Maban parlent une langue proche du Shilluk et de l’Anuak

Sources : Ryle, J., Willis, J. et al., Sudan Handbook, Rift Valley Institute, 2011 (carte de la page 71).

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Pendant la guerre, dans la zone frontalière, le SPLA/M a souvent autorisé le passage des Arabes nomades vers les pâturages situés en pays Dinka. Il y a également ouvert des zones franches, des marchés de la paix où les commerçants Arabes pouvaient se rendre, contrôlés et taxés par l’administration militaire du secteur. Warawar est situé au Nord d’Aweil, la capitale de l’État de Bahr el-Ghazal du Nord. Cette organisation de territoires partagés permettait dans le même temps une concertation entre chefs Arabes Rizeigat et chefs Dinka. Un comité y a même été constitué sur la délicate question des disparitions et enlèvements et a permis le retour de Dinka captifs au Sud-Kordofan avant la création d’un organisme officiel soudanais

Photo de Christian Delmet, Warawar, Bahr el-Ghazal du Nord, Sud-Sudan, avril 2002.

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Isolement et absence de clôtures caractérisent l’habitat nilotique. Chaque groupement de cases abrite le plus souvent des familles de frères. Cette règle patrilocale peut parfois s’accompagner de l’accueil d’autres parents et d’alliés. Il est également fréquent, en brousse, que chaque hameau occupé par deux frères, voire un seul homme et sa famille, soit distant de plusieurs kilomètres de son voisin. Dans le cas de grands villages regroupant des individus appartenant à différents clans, la solidarité territoriale joue un rôle au moins aussi important que les liens lignagers

Photo de Christian Delmet, village Dinka au sud de Gogrial, Sud-Soudan avril 2002.

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Située dans la vallée du Bahr el-Ghazal, la cité administrative de Gogrial s’est dotée de fortifications contre une offensive terrestre des forces armées soudanaises qui ne l’ont bien entendu pas protégée des bombardements aériens qu’elle a subis à plusieurs reprises. Ce cliché aérien a été pris par l’auteur à l’occasion de sa participation à une mission internationale lancée par le Département d’État américain

Photo de Christian Delmet, ville de Gogrial, État de Warrap, Sud-Soudan, avril 2002.

sacrifice-de-guerison

En l’absence de toute infrastructure médicale et d’influence de l’islam et du christianisme, les pratiques divinatoires et sacrificielles demeurent le seul recours des Maban septentrionaux (Dar es Sagia) contre la maladie et les aléas de la vie individuelle ou sociale. Aux environs de huit heures du matin, la patiente est assise au pied de l’autel, face au soleil montant. Elle est mise en contact avec la lance du prêtre qui lui appliquera ainsi sur le front le sang de la victime immolée après une invocation à la divinité afin que la malade soit libérée de son trouble et protégée. Il s’agit d’un rituel vraisemblablement adopté des Dinka, mais où le porc que l’on aperçoit ici entravé à un piquet tient avec le poulet et le chevreau une place de choix

Photo de Christian Delmet, Kwalgon / Dereb, Sud-Soudan, juin 1984.

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Pendant la saison des pluies, les animaux sont rentrés chaque soir au village où, attachés à des piquets, ils passent la nuit protégés des moustiques et autres parasites par la fumée de bouses séchées. Le bétail, au soin des jeunes hommes, est destiné essentiellement à la compensation matrimoniale (de six à dix vaches) et très exceptionnellement sacrifié. Les villages Maban de cette région pauvre en ressources hydrauliques ne rassemblant que quelques familles, les enclos comptent rarement plus de quelques dizaines de vaches

Photo de Christian Delmet, Kwalgon / Dereb, Upper Nile, Sud-Soudan, juin 1983.

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Lorsque les mares et autres points d’eau sont asséchés vers la fin février, les familles Maban, un groupe de populations nilotiques habitant la région du Haut-Nil au Sud-Soudan, quittent leur village permanent pour s’établir quelques trente kilomètres plus au sud, à proximité du lit de rivières temporaires, où ils partagent les puits avec les Arabes nomades Rufa’a et les Peuls Mbororo. Jusqu’au retour des pluies fin mai-début juin, ils habiteront des huttes de paille d’environ deux mètres de diamètre sur le toit desquelles on aperçoit un lit de facture arabe (‘angareb) et des paniers ayant servi au transport de quelques ustensiles et des volailles. Des trous dans le sol servent de mortier pour piler le sorgho, base de l’alimentation, que les femmes retournent chercher à plusieurs reprises pendant ce séjour dans les greniers construits dans les champs plus ou moins éloignés des villages permanents

Photo de Christian Delmet, Kidwa / khor Chivayuka, Upper Nile, Sud-Soudan, mars 1982.

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La réalisation de cette carte sur les ethnies au Sud-Soudan a rencontré de nombreuses difficultés. Nous sommes partis de l’idée qu’elle devait seulement montrer où se trouvent les ethnies, les localiser, pour ainsi figurer les principales populations vivant aujourd’hui au Sud-Soudan, et nilotiques en particulier. Les Dinka et Nuer représentent environ 40% de la population sud-soudanaise : les Aweil Dinka, Rek Dinka, Dunjol Dinka, comme les Leek Nuer, Lak Nuer et Lou Nuer sont des sous-groupes de ces deux grandes populations. Nous avons considéré que les délimitations de ces groupes de populations étaient toujours approximatives ; c’est pourquoi, nous ne les avons pas représentées. C’est donc la carte la plus simplifiée qui a été retenue. Pour ne pas ajouter à de possibles confusions, nous n’avons pas produit ou fusionné celle-ci avec une carte linguistique ; parce que, par exemple, à l’ouest du pays, même si ces groupes sont pour beaucoup arabophones, les populations de cette zone sont des Kreish, Fertit, etc. De même, dans le Haut-Nil, les Maban parlent une langue proche du Shilluk et de l’Anuak

Sources : Ryle, J., Willis, J. et al., Sudan Handbook, Rift Valley Institute, 2011 (carte de la page 71).

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