Des « printemps arabes » à la « nouvelle révolution » en Angola

par Juliana Lima

Alors que les mobilisations des printemps arabes se déroulent au nord du Sahara, une partie de la jeunesse angolaise se mobilise contre les politiques de paix et le régime du président José Eduardo dos Santos. La vague de protestations que connaît l’Angola depuis mars 2011 révèle une partie des tensions sociales qui se cachent derrière l’apparence d’une transition tranquille et réussie. Dans un pays encore très marqué par un long conflit civil, le discours gouvernemental instrumentalise la crainte du retour à la guerre et répond avec violence aux protestations des jeunes angolais.




Cartes et photos associées
afco_245_0023_img003

« 32, é muito, 32, c’est trop ». Cette photographie a été prise à Luanda lors de la manifestation organisée le 25 octobre 2011 en soutien au journaliste William Tonet. Ce manifestant porte un tee-shirt avec un mot d’ordre emblématique, car le plus fort et le plus connu du(des) mouvement(s) de contestation de la jeunesse angolaise. Un téléphone portable dans la main gauche, le jeune homme illustre l’usage de ce moyen devenu privilégié dans la mobilisation et la diffusion instantanée des nouvelles sur les manifestations et les rassemblements par SMS et par les réseaux sociaux. En soutien au journaliste William Tonet, cette marche est en même temps une collecte de fonds pour l’aider à payer une amende de 100 000 dollars suite à sa condamnation par les tribunaux angolais pour diffamation du gouvernement, après avoir publié un article dans lequel il fait état de l’enrichissement illicite de trois généraux. William Tonet est le rédacteur en chef du journal Folha 8, considéré comme l’un des seuls médias indépendants à ne pas être sous le contrôle financier des proches du président Dos Santos. Il est également avocat et professeur dans les universités privées de Luanda. Il a été récemment (fin 2012) victime d’une procédure d’exclusion du barreau sous allégation qu’il n’a pas achevé les études et les stages obligatoires qui autorisent l’exercice de la profession.

Photo de « Carbono » Casimiro (www.centralangola7311.net/), Luanda, Angola, 25 octobre 2011.

afco_245_0023_img002

Appel pour la manifestation du 7 mars 2011. Lancé sur Internet, cette affiche appelle les populations à manifester contre le régime du président Dos Santos. Nous pouvons lire : « Le 7 mars, manifestation contre la dictature joseduardizada. L’Angola dit basta à 32 ans de tyrannie et de mauvaise gouvernance. » L’instigateur de l’événement – qui se fait appeler Agostinho Jonas Roberto dos Santos, en référence aux leaders des mouvements de libération de l’Angola et au chef de l’État actuel – a invité les Angolais à se réunir sur la place de l’Indépendance à Luanda. Avortée à cause de l’arrestation immédiate et l’emprisonnement des personnes présentes, la manifestation a néanmoins eu lieu dans plusieurs capitales occidentales, devant les ambassades angolaises.

Affiche de convocation à la manifestation, diffusée sur le site du mouvement d’Agostinho Jonas Roberto dos Santos (www.novarevolucaoangolana.yolasite.com) et sur sa page Facebook, 25 février 2011.

afco_245_0023_img001

Affiche « 32, é muito ! 32, c’est trop ! ». Il s’agit d’un « mème » créé à partir d’une photo de Yao Ming, basketteur chinois qui a joué pour les Shanghai Sharks (CBA) entre 1997 et 2002 et pour les Houston Rockets (NBA) entre 2002 et 2011. Son sourire a ainsi été immortalisé par cet élément culturel reconnaissable, qui circule désormais sur Internet, pour exprimer la moquerie de certaines situations ou d’événements quotidiens considérés comme délétères, ennuyeux et/ou pénibles. Ici, il représente la critique du mouvement de la jeunesse face à la longueur du mandat du président José Eduardo dos Santos et fait écho au mot d’ordre lancé par le rappeur Luaty Beirao lors d’un concert tenu en février 2011 : « 32 ans au pouvoir, ça suffit ! » Il représente une société fatiguée par le règne de la plus longue présidence dans l’histoire du continent africain.

Affiche sur le site Internet Central Angola 7311 (www.centralangola7311.net/)

CONSULTER L'ARTICLE