L’éducation arabo-islamique en Afrique : institutions, dynamiques et enjeux

 

 

En contexte africain, dans les pays aux sociétés musulmanes, l’éducation arabo-islamique constitue une offre éducative de plus en plus visible, davantage reconnue et mieux discutée dans les espaces publics, notamment depuis le début des années 2000, avec le renouvellement des débats scientifiques et politiques autour de la problématique de la scolarisation universelle (Lange, 2003). Elle offre, en effet, un cadre majeur de socialisation d’enfants, d’adolescents et de jeunes adultes (Gérard, 1997 ; Fortier, 2003 ; Robinson, 2004 ; Ware, 2014). Très hétérogène, elle s’organise à la fois dans le secteur privé et dans le public suivant diverses modalités qui varient en fonction des contextes nationaux aussi bien que régionaux (Meunier, 1997 ; Gérard, 1997 ; Sanneh, 1997 ; Gandolfi, 2003 ; Brenner, 2001 ; 2007 ; Loimeier, 2009). A travers une pluralité d’institutions (école coranique, école franco-arabe, médersa, école arabe, instituts islamiques, etc.,), ce type d’enseignement jouit, ces dernières années, d’un regain d’intérêt de la part d’une pluralité d’acteurs aux profils, motivations, modes opératoires et orientations parfois concurrents, et le plus souvent résolument antagoniques (Charlier, 2002 ; Fourchard & Otayek, 2005 ; Diouf & Leichman, 2009 ; Lewandowski & Niane, 2013).

 

Alors qu’il était longtemps resté en marge des politiques nationales éducatives, différents facteurs, tenant à la fois des dynamiques de démocratisation et de libéralisation internes aux Etats – des médias, du secteur de l’enseignement, des sources de financement,- et d’une pression des organisations internationales en faveur d’un accès universel à l’école, expliquent aujourd’hui l’émergence de la problématique de l’éducation arabo-islamique au cœur des réformes publiques initiées en Afrique. Si les enjeux politiques et les reconfigurations des mouvements musulmans sur le continent sont relativement bien cernés (Triaud & Kane, 1998 ; Gomez-Perez, 2005 ; Hölder, 2009 ; Otayek & Soares, 2009), ce type d’éducation et les transformations qu’il connaît depuis une quinzaine d’années restent encore insuffisamment explorés. L’objet de ce dossier est d’investir dans cette tâche en dressant un panorama de la situation actuelle en la matière en Afrique, sur la base de recherches empiriques récentes. Nous proposons dans ce dossier, quatre grandes thématiques, visant à saisir les dynamiques autour de ce paradigme éducatif en contexte africain.

 

D’abord, ce dossier propose de questionner les configurations de cette offre éducative. Elle s’incarne dans des institutions particulières promues par différents types d’acteurs, et dotées d’un système financement et d’un mode de gouvernance propres. Dans la même veine, il s’intéresse aux types de savoirs incarnés par ces modèles organisationnels éducatifs, parfois adossés à des philosophies religieuses spécifiques, et transnationales dans certains cas. Ces établissements de différents statuts sont à envisager dans une perspective dynamique, de façon à faire ressortir les formes dans lesquelles ils s’actualisent.

 

Ensuite, ces institutions sont sujettes à des réformes éducatives publiques dont la finalité est d’arrimer l’offre éducative arabo-islamique au paradigme scolaire. Qu’elles soient d’inspiration internationale et/ou nationale, ces réformes sont à analyser de manière à en cerner les logiques de production, les pratiques de mises en œuvre, les positionnements auxquels elles donnent lieu et les transformations qu’elles génèrent dans les espaces publics nationaux.

 

Aussi, est-il important de s’interroger sur la relation entre cet enseignement et son environnement. Cette offre éducative dans sa diversité forme des lauréats dont l’insertion à la fois dans le monde professionnel, mais aussi dans la vie publique des contextes nationaux, voire régionaux, est à problématiser au regard des nombreux défis auxquels sont confrontés les Etats africains : politiques, économiques et sociétaux.

 

Enfin, des contributions sont attendues sur la question des stratégies éducatives des familles africaines par rapport à cette offre. Si l’éducation arabo-islamique s’est installée durablement dans les espaces éducatifs africains, c’est qu’il répond à une certaine demande qu’il faut aussi comprendre. Il est important de s’interroger sur la façon dont cette dernière influe sur les recompositions et le renouvellement de l’offre éducative en Afrique, qu’elle soit portée par les pouvoirs publics ou des opérateurs privés.

 

Les propositions de différentes disciplines (anthropologie, sciences de l’éducation, histoire, géographie, sociologie, sciences politiques, économie, etc.) seront examinées avec attention. La priorité sera donnée à des propositions basées sur des sources originales.

 

Conditions de soumission

 

Faire acte de candidature en envoyant une courte note d’une page (problématique du texte, exposé du déroulé de l’argumentaire, exposé des données et terrains mobilisés)

 

Les articles devront avoir un format de 35 000 signes espaces compris (notes de bas de page et bibliographie comprises) dans leur version destinée à la publication, ainsi qu’un court résumé de 800 signes espaces compris, des mots-clés et la biographie de l’auteur (150 signes). Les auteurs pourront intégrer à leur article les iconographies (cartes, graphiques, photos, dessins, etc.)

 

Ils suivront la procédure d’évaluation scientifique auprès de deux référés anonymes et du comité de lecture d’Afrique contemporaine. La soumission des appels à propositions et des articles se fait sur la plateforme Editorial Manager à l’adresse suivante :http://www.editorialmanager.com/afriquecontemporaine/

 

Vous pouvez nous contacter pour toutes précisions aux adresses suivantes:hamidou.dia@ird.fr et fortuiti@afd.fr

 

Calendrier

 

Envoi de la proposition d’article : le 31 juillet 2015 au plus tard.

Réponse de la rédaction d’Afrique contemporaine aux auteurs : le 10 août 2015 au plus tard.

Envoi d’une première version des articles présélectionnés : le 10 septembre 2015.

Publication du numéro : 4ème trimestre 2015

 

Bibliographie citée dans le texte d’appel

 

  • Brenner, Louis, 2007, « The Transformation of Muslim Schooling in Mali: The Madrasa as an institution of Social and Religious Mediation”, in R. W. Hefner and Muhammad Quasim Zaman (eds), Schooling Islam. The Culture and Politics of Modern Muslim Education. Princeton: Princeton University Press, pp. 199-223.

  • Brenner, Louis, 2001, Controlling knowledge. Religion Power and Schooling in a West African Muslim society,London : Hurst & Company, 343p.

  • Charlier, Emile, 2002, “Le retour de Dieu. Introduction de l’enseignement religieux dans l’Ecole de la République laïque du Sénégal », Educations et Sociétés, 2 (10), pp. 95-111.

  • Diouf, Mamadou & Leichman, Mara (eds), 2009, New perspectives on Islam in Senegal : Conversion, Migration, Wealth, Power and Feminity, New York : Palgrave Macmillan

  • Fortier, Corinne, 2003, « Une pédagogie coranique : Modes de transmissions des savoirs islamiques (Mauritanie) », Cahiers d’études africaines, vol. 43, 169/170, pp. 235-260.

  • Fourchard, A. & Otayek R. (eds), 2005, Entreprises religieuses et réseaux transnationaux en Afrique de l’Ouest, Paris, Karthala, pp. 193-222.

  • Gandolfi, Stefania, 2003, « L’enseignement islamique en Afrique noire », Cahiers d’études africaines, vol. 43, 169/170, pp. 261-277. Gérard, Etienne, 1997, La tentation du savoir en Afrique. Politiques, mythes et stratégies d’éducation au Mali, Paris, Karthala.

  • Gérard, Etienne, 1997b, « Les médersas : un élément de mutation des sociétés ouest-africaines », Politique étrangère, Année 1997, Vol. 62, 4, pp. 613 – 627

  • Gomez-Perez, Muriel (dir), 2005, L’islam politique au Sud du Sahara – Identités, discours et enjeux, Paris : Karthala. Hölder, Gilles, 2009, L’Islam, nouvel espace public en Afrique, Paris, Karthala, 2009.

  • Lange, Marie-France, 2003, « Ecole et mondialisation : Vers un nouvel ordre scolaire ? », Cahiers d’études africaines, vol .43, 169/170, pp. 143-166.

  • Lewandowski &Niane, 2013, Acteurs transnationaux dans les politiques publiques d’éducation. Exemple de l’enseignement arabo-islamique au Sénégal », in Diop Momar Coumba (sous la direction de), Sénégal (2000-2012). Les institutions et politiques publiques à l’épreuve d’une gouvernance libérale, CRES-Karthala, pp.503-539.

  • Meunier, Olivier, 1997, Dynamique de l’enseignement islamique au Niger : Le cas de la ville de Maradi, Paris, L’Harmattan. Otayek, R & Soares, B, 2009, Islam, Etat et Société en Afrique. Paris : Karthala.

  • Triaud, J.L. & Kane, O. (sous la direction de), 1998, Islam et islamismes au Sud du Sahara, Paris, Karthala. Robinson, David, 2004, Muslim Societies in African History, Cambridge University Press.

  • Sanneh, Lamin, 1997, The Crown and the Turban. Muslims and West African Pluralism, USA: Westview Press.

  • Ware, Rudolph, 2014, The Walking Qu’ran. Islamic Education, Embodied Knowledge and History in West Africa, The University of North Carolina Press.

     



    Arabo-Islamic Education in Africa: Institutions, Dynamics and Challenges


     

    With the renewal of scientific and political debate on universal education since the early 2000s, (Lange, 2003), Arabo-Islamic education has emerged as an increasingly visible and accepted educational offer in African countries with Muslim communities. It takes diverse forms in the public or private sector and according to national and regional context (Meunier, 1997; Gérard, 1997; Sanneh, 1997; Gandolfi, 2003; Brenner, 2001; 2007; Loimeier, 2009). These different types of educational institutions offer a major framework for the socialization of children, adolescents, and young adults (Gérard, 1997; Fortier, 2003; Robinson, 2004; Ware, 2014). Qu’ranic schools, Madrasas, Franco-Arabic or Arabic schools, Islamic institutes, and other schools have arisen from the renewed interest in Arabo-Islamic education promulgated by diverse religious, governmental and international organisations that have varied backgrounds, motivations, and modes of working — and sometimes competing or (more often) resolutely antagonistic attitudes (Charlier, 2002; Fourchard & Otayek, 2005; Diouf & Leichman, 2009; Lewandowski & Niane, 2013). Long sidelined in national educational policies, Arabo-Islamic education has now become central to African public reforms. Various factors buoy its renewed popularity. These include, notably, the democratization and liberalization of many African states, of schooling, funding sources, and the media, along with the pressure for universal education by international organizations. While the political issues and reconfigurations of Muslim movements in Africa are relatively well-examined (Triaud & Kane, 1998; Gomez-Perez, 2005; Hölder, 2009; Otayek & Soares, 2009), fewer studies have explored this mode of education or the transformation it has undergone over the past 15 years. This special issue aims to deepen understanding through an overview of current Arabo-Islamic educational practices in Africa, based on recent empirical research. The better to comprehend this educational paradigm and its dynamics in Africa, we welcome submissions on the following topics .

     

     

    The configuration of Arabo-Islamic educational services

     

    Under this heading, the proposed special issue will examine how these services take shape. Specific institutions provide Arabo-Islamic education, each promoted by various types of actors and endowed with their own financing and governance systems. Similarly, these educational models embody knowledge, including the (at times transnational) religious philosophies that underpin them. Contributors may wish to explore one or more models through an evolutionary lens, the better to highlight and describe their new and renewed forms.

     

     

    The workings of public educational reforms

     

    These institutions must conform to public education reforms that aim to align Arabo-Islamic education with the existing schooling paradigm. This calls for an analysis of these reforms, whether they draw inspiration from national or international models. The editors will favor analyses that attempt to show, or at least question, how governments produce and implement reforms, what positions they assume in the process, and what impact such reforms have on the national discourse.

     

     

    Arabo-Islamic teaching and its environment

     

    Graduates of these diverse educational services may go on to work as professionals or as national and regional public servants. This calls for analyses that problematize Arabo-Islamic education within the context of the many political, economic, and societal challenges confronting African nations.

     

     

    The educative strategies of African families

     

    If Arabo-Islamic education has gained a lasting acceptance within African society, it must reflect a specific need – one we also wish to understand further. This issue would examine how this need affects the rebuilding and updating of African education, whether this occurs through public authorities or private-sector operators. This call for papers addresses a wide array of specialists. Analyses will benefit from the perspectives of experts working across disciplines – historians, economists, sociologists, political scientists, anthropologists, and others. The editors will give priority to proposals featuring as-yet unpublished, original research.

     

     

    Submissions

     

    Interested authors will submit an article proposal composed of a one-page summary, describing the topic, argument outline (in brief), and the relevant data or fieldwork. Articles must be 35,000 characters in length at time of publication, including spaces, footnotes and bibliography. Submissions must include an abstract of 800 total characters, key words, and a 150-character author(s) biography. We especially welcome articles that feature maps, drawings, chronologies and photos. Each article will be blind peer-reviewed by two anonymous referees, the Afrique Contemporaine editorial board, and the special issue editors. Please submit your response to this call for papers via our online Editorial Manager: http://www.editorialmanager.com/afriquecontemporaine/ For questions or clarifications, contact Hamidou Dia and Isabelle Fortuit : ncnicolascourtin@gmail.com et fortuiti@afd.fr

     

     

    Timeline

     

    Submit article proposal by 31 July 2015 at the latest.

     

    The editors will select article topics and notify authors by 10 August 2015 at the latest

     

    Selected authors must submit a first draft of their articles by 10 September 2015.

     

    The special issue will be published in the 4th quarter of 2015.

     

     

    Works cited

     

    • Brenner, Louis, 2007, « The Transformation of Muslim Schooling in Mali: The Madrasa as an institution of Social and Religious Mediation”, in R. W. Hefner and Muhammad Quasim Zaman (eds), Schooling Islam. The Culture and Politics of Modern Muslim Education. Princeton: Princeton University Press, pp. 199-223.

    • Brenner, Louis, 2001, Controlling knowledge. Religion Power and Schooling in a West African Muslim society,London : Hurst & Company, 343p.

    • Charlier, Emile, 2002, “Le retour de Dieu. Introduction de l’enseignement religieux dans l’Ecole de la République laïque du Sénégal », Educations et Sociétés, 2 (10), pp. 95-111.

    • Diouf, Mamadou & Leichman, Mara (eds), 2009, New perspectives on Islam in Senegal : Conversion, Migration, Wealth, Power and Feminity, New York : Palgrave Macmillan

    • Fortier, Corinne, 2003, « Une pédagogie coranique : Modes de transmissions des savoirs islamiques (Mauritanie) », Cahiers d’études africaines, vol. 43, 169/170, pp. 235-260.

    • Fourchard, A. & Otayek R. (eds), 2005, Entreprises religieuses et réseaux transnationaux en Afrique de l’Ouest, Paris, Karthala, pp. 193-222.

    • Gandolfi, Stefania, 2003, « L’enseignement islamique en Afrique noire », Cahiers d’études africaines, vol. 43, 169/170, pp. 261-277. Gérard, Etienne, 1997, La tentation du savoir en Afrique. Politiques, mythes et stratégies d’éducation au Mali, Paris, Karthala.

    • Gérard, Etienne, 1997b, « Les médersas : un élément de mutation des sociétés ouest-africaines », Politique étrangère, Année 1997, Vol. 62, 4, pp. 613 – 627

    • Gomez-Perez, Muriel (dir), 2005, L’islam politique au Sud du Sahara – Identités, discours et enjeux, Paris : Karthala. Hölder, Gilles, 2009, L’Islam, nouvel espace public en Afrique, Paris, Karthala, 2009.

    • Lange, Marie-France, 2003, « Ecole et mondialisation : Vers un nouvel ordre scolaire ? », Cahiers d’études africaines, vol .43, 169/170, pp. 143-166.

    • Lewandowski &Niane, 2013, Acteurs transnationaux dans les politiques publiques d’éducation. Exemple de l’enseignement arabo-islamique au Sénégal », in Diop Momar Coumba (sous la direction de), Sénégal (2000-2012). Les institutions et politiques publiques à l’épreuve d’une gouvernance libérale, CRES-Karthala, pp.503-539.

    • Meunier, Olivier, 1997, Dynamique de l’enseignement islamique au Niger : Le cas de la ville de Maradi, Paris, L’Harmattan. Otayek, R & Soares, B, 2009, Islam, Etat et Société en Afrique. Paris : Karthala.

    • Triaud, J.L. & Kane, O. (sous la direction de), 1998, Islam et islamismes au Sud du Sahara, Paris, Karthala. Robinson, David, 2004, Muslim Societies in African History, Cambridge University Press.

    • Sanneh, Lamin, 1997, The Crown and the Turban. Muslims and West African Pluralism, USA: Westview Press.

    • Ware, Rudolph, 2014, The Walking Qu’ran. Islamic Education, Embodied Knowledge and History in West Africa, The University of North Carolina Press.